Le partenariat Iran-Chine «est une solution sur le long terme pour Téhéran»

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L'Iran et la Chine ont conclu samedi 27 mars à Téhéran un accord de coopération qui couvre 25 ans, la concrétisation de plusieurs années de discussions. Pékin est le premier partenaire commercial de Téhéran, actuellement en pleine crise économique après le rétablissement des sanctions américaines. Le chercheur Thierry Coville de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) analyse les enjeux économiques, stratégiques et géopolitiques de cet accord.

RFI : Est-ce que l’on connaît le contenu exact de cet accord ?

Thierry Coville : Cela fait plusieurs mois que les deux pays négocient. C’est un accord entre l’Iran et la Chine qui va durer 25 ans. On n’en connaît pas les détails, mais on sait que c’est un partenariat économique militaire et stratégique.

La Chine est déjà un partenaire économique et militaire important de l'Iran, elle est même devenue la première part de marché en Iran. Mais cela institutionnalise leur relation, puisqu’on parle quand même d’un partenariat sur 25 ans. Il fait d’ailleurs partie du projet des « [Nouvelles] routes de la soie » de la Chine. Et à l’inverse, la Chine s’est sûrement engagée à investir massivement dans les infrastructures en énergie et en transport en Iran.

Est-ce que cet accord pourrait permettre à l’économie iranienne de se relever ?

Ça ne va pas régler les problèmes de l'Iran à court terme. L'Iran est en crise économique essentiellement à cause des sanctions américaines, notamment parce qu'il n'arrive pas à vendre son pétrole. Et d'ailleurs, la Chine elle-même a dû réduire ses achats de pétrole à l'Iran, sous l'impact des sanctions américaines.

Mais depuis l'élection de Joe Biden, la Chine tente de faire remonter ses achats de pétrole iranien. Cela donne une perspective à l'Iran à plus long terme et lui fait comprendre que là, elle a un partenaire important : la Chine, qui ne va pas imposer des sanctions.

C’est donc surtout une solution sur le long terme pour l'Iran. La Chine est devenue une des premières économies mondiales, un partenaire important à qui Téhéran va pouvoir vendre son pétrole et qui va pouvoir investir dans les infrastructures vieillissantes de l'Iran et également dans ses équipements énergétiques.

Bien sûr, ça ne marche pas que dans un sens : la Chine est structurellement importatrice d'énergie, de pétrole et de gaz. Donc cela permet d'avoir une source d'énergie à long terme sécurisée pour la Chine.

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Faut-il également y voir un message d’indépendance envoyé aux États-Unis ?

Oui, très clairement. D'ailleurs, il y a quelques mois, quand on avait commencé à parler de ce pacte, il y a eu des critiques aux États-Unis qui accusaient l’administration Trump d’avoir poussé l’Iran dans les bras de la Chine, avec sa politique de pression maximum. Ce n’est pas faux : l'Iran a quand même été écrasé économiquement par l’action américaine et les Européens n'ont rien fait pour lutter contre. Donc, logiquement, ils se disent "Bon, on a intérêt à avoir des relations économiques de long terme avec un pays avec lequel on a des bonnes relations et qui ne va pas, dans quelques années, se retourner contre nous".

Très clairement, la Chine est le seul pays qui géopolitiquement peut prendre ce risque de marquer son indépendance par rapport aux États-Unis : Pékin montre qu’elle mène sa propre politique.

On sait qu'il y a une grande inquiétude en Chine sur la nécessité de sécuriser leurs sources d'énergie à l'étranger, s'ils veulent maintenir une croissance élevée. Donc, ils ont besoin de l'Iran, mais on est aussi dans un affrontement géopolitique entre la Chine et les États-Unis. Je ne crois pas qu'il y ait d'autres pays qui puissent jouer ce jeu actuellement.

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