Dans la paroisse du prêtre rennais accusé de viol sur mineur, des fidèles sous le choc

"Un coup de massue": entre douleur et sidération quelque 200 fidèles de la paroisse du prêtre du diocèse de Rennes, écroué à Paris pour viol aggravé sur un adolescent, ont assisté dimanche à la messe où l'archevêque a évoqué "sa confiance trahie".

Alors que la brume commence à se disperser dimanche matin à Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine), les paroissiens se rassemblent en silence, visages fermés et yeux rougis, dans l'église où officiait le père Yannick Poligné.

Ils sont rares à accepter de répondre aux quelques journalistes présents. "Ca me fait trop mal", "Je ne souhaite pas m'exprimer, je suis désolée": glissent deux femmes interrogées par l'AFP, le pas pressé.

Une semaine après la mise en examen du curé de la paroisse Saint-Louis-Marie en Brocéliance pour viol aggravé sur un adolescent de 15 ans, certains s'arrêtent pour exprimer le "choc" de la nouvelle alors que l'Eglise est à nouveau secouée par des violences sexuelles.

Peu avant qu'éclate l'affaire du père Poligné, le cardinal Jean-Pierre Ricard a révélé récemment avoir eu, lorsqu'il était curé à Marseille il y a 35 ans, une conduite "répréhensible avec une jeune fille de 14 ans".

Viol sur mineur, avec usage de stupéfiants, le curé Poligné se savait séropositif et suivait un traitement. "Il y a beaucoup de circonstances aggravantes" reconnaît Denise, 68 ans, qui pense que le père Poligné "était malade, qu'il y a des blessures".

Le prêtre de 52 ans et la victime avaient fait connaissance sur une application de rencontres et s'étaient donné rendez-vous dans la capitale. Les faits, contestés par le religieux qui a évoqué une relation consentie avec un jeune homme dont il ignorait la minorité, se sont produits dans une chambre d'hôtel.

- "Coup de massue" -

"Le coup du père Poligné, c'est le coup de massue pour moi", explique Yves, 71 ans, qui a refusé de donner son nom, à l'instar des autres paroissiens interrogés. "Il était très bon prêtre dans sa façon de faire, c'était un bon pasteur. On avait tous confiance."

Le septuagénaire dit avoir été intrigué une fois par le curé, qu'il a vu revenir de son jogging avant d'entrer dans l'église. "C'est quelqu'un qui cachait bien sa vie."

L'archevêque de Rennes Mgr Pierre d'Ornellas, qui a signalé les faits à Rome dès qu'il en a eu connaissance, a dirigé lui-même l'office de cette première messe dominicale depuis la révélation de l'affaire. Le ton grave, revêtu des habits liturgiques violets, "symboles de la pénitence, de l'attente et du deuil", le prélat évoque d'emblée l'affaire qui secoue la communauté.

"Vous avez mis votre confiance dans un prêtre le père Yannick Poligné (...) Voilà que soudainement et brutalement, l'image que vous aviez de ce prêtre se brise. Votre confiance a été trahie (...) Votre douleur est aussi la mienne. Ma confiance a également été trahie", déclare Mgr D'Ornellas, soulignant la "colère", la "tristesse" et la "stupéfaction" des croyants.

"Le père Poligné avait reçu sa mission de l'Eglise. Moi votre évêque, au nom de l'Eglise, je vous demande pardon", dit-il, avant de consacrer une homélie aux victimes d'abus d'hommes d'Eglise.

"Ici, ensemble, aussi bien en raison de notre foi en Dieu, qu'en raison de notre conscience de la dignité de tout être humain, nous nous sentons tous obligés de lutter avec détermination contre ce fléau des abus sexuels, en particulier ceux commis sur des mineurs qui demeurent blessés à vie", rappelle l'archevêque, qui rappelle aussi la "lutte" engagée par le pape François contre ces abus.

Interrogée à la sortie de la messe, Denise est apaisée par le message de l'évêque. "Je repars pleine d'espoir (...) Mais il faut que l'Eglise évolue, on n'est plus au Moyen-Age. Ici ce sont des abus poussés et c'est un traumatisme à vie pour ce jeune".

Ce qui s'est passé "est très difficile. Je veux que ca ne se reproduise jamais", assure Chantal, 81 ans, qui décrit le père Poligné comme "très intelligent". "Autrefois on faisait confiance aux instituteurs, aux porteurs de savoir. Il y a une confiance qui a été trahie", dit-elle.

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