Parler aux talibans ou non? L'Occident confronté à un choix épineux

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Une capture d'écran de la chaîne Al-Jazeera datant du 16 août 2021 et montrant des talibans dans le palais présidentiel à Kaboul - - © 2019 AFP
Une capture d'écran de la chaîne Al-Jazeera datant du 16 août 2021 et montrant des talibans dans le palais présidentiel à Kaboul - - © 2019 AFP

Après deux décennies passées à tenter de vaincre les talibans, les puissances occidentales sont confrontées au choix difficile d'établir ou non des relations avec le groupe fondamentaliste qui gouverne désormais l'Afghanistan.

• Des négociations inévitables avec Washington

Si les Américains négocient eux avec les talibans le "calendrier" des évacuations, la Maison Blanche martèle qu'elle attendra en revanche de pouvoir juger sur les actes, notamment sur le respect des droits humains, avant de décider de la nature de leurs futures relations diplomatiques.

"Il reviendra aux talibans de montrer au reste du monde qui ils sont", a souligné mardi le conseiller du président Joe Biden à la sécurité nationale, Jake Sullivan. "Le bilan n'est pas bon, mais il est prématuré" de dire dès maintenant ce qu'il en sera à l'avenir.

Washington s'est néanmoins dit prêt à maintenir sa présence diplomatique à l'aéroport de Kaboul après la date limite de retrait militaire fixée au 31 août, à condition que la situation soit "sûre", a précisé le porte-parole du département d'Etat, Ned Price. Les Etats-Unis exercent encore une influence sans égale auprès des créanciers internationaux et peuvent imposer des sanctions drastiques ou conditionner les aides nécessaires pour reconstruire ce pays ravagé par la guerre

En acceptant en 2020 un accord de retrait conclu avec les talibans, le républicain Donald Trump, alors encore président, avait lui semblé pointer vers un possible point d'entente avec les insurgés, en soulignant leur combat contre le groupe Etat islamique: "ils vont tuer des gens très mauvais. Ils vont poursuivre ce combat."

• La France attend de voir les actes

Jean-Yves Le Drian a estimé mardi que "ce n'est pas la même génération" de talibans que ceux qui ont contrôlé l'Afghanistan entre 1996 et 2001.

"Ils déclarent vouloir acquérir de la respectabilité, de l'honorabilité. C'est à eux de faire la preuve", a-t-il poursuivi sur France info, jugeant que "la meilleure preuve serait de faire en sorte qu'il y ait un gouvernement de transition, qui soit vraiment inclusif" et qui montre qu'ils "veulent respecter le droit, mettre fin aux violences et faire en sorte que les populations civiles se sentent en sécurité."

Des propos qualifiés de naïfs par l'opposition française, tant à droite qu'à gauche, et qui ont contraint l'Elysée à souligner que la question de la reconnaissance du régime taliban par Paris ne se posait pas car "la France reconnaît les pays, pas les régimes".

"J’ai demandé que les Taliban démontrent par des actes qu’ils ont changé comme ils le disent. À eux d’en faire la preuve", a tweeté ce mercredi le ministre des Affaires étrangères, assurant que la France "se tient aux côtés du peuple afghan".

• Le Royaume-Uni souhaite une "approche unifiée"

Les talibans "seront jugés sur les actes, pas sur les paroles", a averti le Premier ministre britannique lors d'une session extraordinaire.

"Nous jugerons ce régime sur les choix qu'il fait et sur ses actes, plutôt que sur ses paroles - sur son comportement face au terrorisme, au crime et aux stupéfiants, ainsi que sur l'accès humanitaire et le droit des filles à recevoir une éducation", a déclaré Boris Johnson.

Le dirigeant conservateur, qui plaide pour une "approche unifiée" de la communauté internationale face à ce retour au pouvoir, a ajouté que "ce serait une erreur pour n'importe quel pays de reconnaître un nouveau régime à Kaboul prématurément ou de manière bilatérale". Mais des négociations étaient encore en cours mardi au Qatar pour parvenir à un gouvernement plus représentatif de la société afghane. "Ils sont maintenant au pouvoir et nous devons composer avec cette réalité", a déclaré à Sky News le chef de la diplomatie britannique, en reconnaissant toutefois que les chances étaient minces de voir s'installer un gouvernement inclusif.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pour sa part annoncé que son pays n'avait "pas l'intention de reconnaître un gouvernement taliban". A contrario, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell l'a lui admis sans détour mardi: "les talibans ont gagné la guerre. Donc, nous devrons parler avec eux"

• Les talibans accueillis à bras ouverts par la Chine, la Turquie et la Russie

Les insurgés semblent déjà recevoir un accueil international plus chaleureux que lors de leur premier régime brutal (1996-2001), la Russie, la Chine et la Turquie ayant salué leurs premières déclarations publiques.

Moscou a déclaré soutenir le lancement d'un "dialogue national" en Afghanistan "avec la participation de toutes les forces politiques, ethniques et confessionnelles" du pays: "nous voyons des signaux d'espoir du côté des talibans qui expriment leur désir d'un gouvernement avec d'autres forces politiques", a déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov à la télévision russe.

La Chine, pays voisin de l'Afghanistan, a rapidement indiqué lundi qu'elle souhaitait des "relations amicales" avec les talibans. Enfin Ankara, par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, a estimé que les messages envoyés par les talibans étaient "positifs", et que la Turquie avait déjà entamé des discussions avec le mouvement islamiste radical.

Article original publié sur BFMTV.com

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