Le Parlement européen rejette les listes transnationales prônées par Macron

Marine LAOUCHEZ
Le Parlement européen, réuni à Strasbourg, le 6 février 2018

Strasbourg (AFP) - Le Parlement européen a rejeté mercredi l'idée d'instaurer des listes transnationales aux prochaines élections européennes en 2019, promue notamment par le président français Emmanuel Macron, et a mis en garde les Etats membres contre toute tentative de reprendre la main sur la désignation du président de l'exécutif européen.

Le concept d'une circonscription européenne unique, qui serait venue s'ajouter aux listes par pays, pourtant validé en commission parlementaire, n'a pas passé la barrière de la session plénière. Il a été rejeté sous l'impulsion de la principale force politique au Parlement, le PPE (droite).

L'idée est notamment portée par Emmanuel Macron. La présidence française a assuré dans un communiqué que Paris "continuera(it) à défendre cette idée". "D'ores et déjà, l'idée progresse et le débat ne sera pas refermé", a-t-elle ajouté.

Le président de la délégation française du PPE Franck Proust s'est "réjoui" du "revers considérable" infligé au président Macron, estimant qu'il s'agissait d'un "gadget inutile, injuste et inapplicable".

Partisan de la liste transnationale, le groupe des Verts a de son côté fustigé la "vieille école de l'Europe intergouvernementale".

Le Parlement s'est exprimé sur les changements dans sa composition, inéluctables avec le départ du Royaume-Uni de l'UE en mars 2019. Les prochaines élections européennes sont attendues deux mois plus tard, entre le 23 et le 26 mai.

Les eurodéputés ont sans problème soutenu ce qui dans la proposition concerne la répartition d'une partie des sièges (27) libérés par le départ de leurs 73 collègues britanniques.

La France (79 contre 74) et l'Espagne (59 contre 54) en seraient les principaux bénéficiaires, mais aussi l'Italie ("3, soit 76 au total), les Pays-Bas ("3, 29) ou la Pologne ("1, 52).

Le solde des sièges (46) serait "gardé en réserve", notamment pour de futurs élargissements.

Le dossier est maintenant entre les mains du Conseil européen, l'instance des chefs d'Etat ou de gouvernement des 28.

- Mise en garde aux 28 -

Les eurodéputés ont, en parallèle de leur proposition de répartition, voté à une très large majorité une mise en garde sans détour aux membres de ce même Conseil contre toute tentation d'imposer leur propre candidat à la désignation du président de la Commission européenne après les élections.

Le Parlement s'est dit "prêt à rejeter tout candidat à la présidence de la Commission qui n'a pas été désigné "Spitzenkandidat+ en amont des élections européennes". La résolution a été votée à une large majorité de 457 voix pour, contre 200 et 20 absentions.

Cette méthode du "Spitzenkandidat" (son nom allemand qui s'est imposé pour la désigner) a été utilisée pour la première fois pendant le scrutin de 2014 : les partis européens désignent des "têtes de liste" susceptibles de prendre ensuite la présidence de l'exécutif européen.

La tournure des événements mercredi a fait vivement réagir le Premier ministre luxembourgeois.

"Pourquoi devrions-nous avoir des Spitzenkandidaten si nous n'avons pas de liste transnationale pour les élections?!", s'est exclamé le Libéral Xavier Bettel sur son compte twitter, en écho au souhait exprimé par certains partisans des listes paneuropéennes de voir le futur président de la Commission issu d'une circonscription unique de l'UE.

"C'est un complément (...), pour que cela devienne un processus démocratique", a argumenté en ce sens l'ancien Premier ministre libéral Belge Guy Verhofstadt, le président du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE) au Parlement européen.

En vertu des textes, dont l'interprétation peut varier selon l'institution communautaire, le Conseil est chargé de proposer un candidat "sur la base du résultat des élections européennes" et celui-ci est ensuite élu par le Parlement européen.

Si le Conseil se prononçait contre la méthode du "Spitzenkandidat", ce serait "une injure grave qui devrait provoquer un conflit institutionnel", a averti en séance le rapporteur de la résolution du Parlement, Esteban Gonzalez Pons (PPE, droite).

Le vice-président du groupe socialiste Udo Bullmann a dénoncé les manoeuvres des dirigeants qui avaient l'habitude de "se réunir en coulisses et décider entre eux".

Les parlementaires peuvent compter sur le soutien de l'actuel président de la Commission, Jean-Claude Juncker, "Spitzenkandidat" du PPE en 2014.

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