Paris: les toxicomanes du quartier de Stalingrad visés par des tirs de mortiers, les habitants "désespérés"

Simon Azélie avec Florian Bouhot
·4 min de lecture

Les consommateurs de crack, regroupés au début de l'avenue de Flandre, ont été ciblés par des tirs de mortiers d'artifice. Des habitants du quartier seraient à l'origine de ces tirs, pour mettre en fuite dealers et toxicomanes.

Des détonations en cascade, des projectiles envoyés de part et d'autre et des riverains ébahis sur les balcons, immortalisant téléphone à la main des scènes nocturnes qu'ils peinent à comprendre totalement. Le quartier de Stalingrad, dans le 19e arrondissement de Paris, a été le théâtre, dans les nuits de vendredi et de samedi, de tirs de mortiers. 

Ces engins d'artifices visaient des consommateurs de crack, regroupés au début de l'avenue de Flandre. Selon une source policière à BFM Paris, des habitants du quartier, excédés par la présence des toxicomanes, en seraient les auteurs.

Frédéric Francelle, membre du Collectif Paris 19, n'est pas surpris par cette méthode pour mettre en fuite dealers et toxicomanes. Les consommateurs de drogue "font du bruit", "font des barbecues toute la nuit", "se bagarrent", énumère-t-il. 

"On est tentés de dire: 'Si la police ne vient pas, on va peut-être leur balancer des œufs. Ça va peut-être les faire partir, poursuit-il. Que ça parte finalement à coups de mortiers, c'est pas forcément étonnant. On en a vraiment marre."

Des actes "désespérés"

Le collectif "Action Stalingrad" assure pour sa part que les riverains se sentent "abandonnés".  

"Je ne cautionne pas mais je peux comprendre des actes désespérés comme cela, admet Caroline. La nuit, ça devient un enfer. Les gens ne dorment plus. Il faut que ça s'arrête. Il faut que les pouvoirs publics prennent ce problème en charge."

Selon François Dagnaud, maire socialiste du 19e arrondissement, "beaucoup de riverains, même ceux qui sont très inquiets de la situation, n'approuvent pas" le recours à des tirs de mortiers pour faire fuir les toxicomanes. 

"Ce n'est pas comme ça qu'on va régler le problème, a réagi l'élu ce mardi matin sur BFM Paris. Ce mode d'action est à la fois dangereux et inacceptable. Mais en même temps, il faut aussi l'entendre comme la manifestation d'une exaspération, d'un 'pétage de plomb' d'une partie des habitants."

L'élu a sollicité l'intervention du ministre de l'Intérieur, de la Santé et du préfet de police pour mettre fin aux regroupements de consommateurs de crack dans le quartier de Stalingrad. François Dagnaud demande un "démantèlement organisé, accompagné, de cette scène" (...) "qui prenne en compte la complexité, y compris sociale et sanitaire, de la situation". Et appelle à "ne pas reproduire les erreurs du passé", référence au démantèlement de la "Colline du crack", dans le nord de la capitale, en 2018. 

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Selon certains habitants, la situation s'est en effet dégradée depuis le démantèlement de ce point de rencontre des dealers et toxicomanes, mais aussi depuis le début de la crise sanitaire. "Depuis les confinements liés au coronavirus, tout s'est concentré autour de la place Stalingrad. Comme il n'y a plus qu'eux, ils se sont appropriés l'espace", explique Nicolas, un riverain.  

Un point d'approvisionnement "européen" 

"Cette situation manifeste à nouveau à quel point ce quartier est sous haute tension, avec depuis des mois -et les choses ne s'arrangent pas- plus d'une centaine de trafiquants et de toxicomanes qui sont regroupés en alternance sur le quai de scène et sur le début de l'avenue de Flandre", poursuit l'élu.

"On est passés d'une scène parisienne, avec quelques dizaines de personnes présentes, à une scène nationale et même à une scène européenne, adonde le socialiste. Aujourd'hui, de toute l'Europe, de toute la France, on vient à Stalingrad s'approvisionner en crack."

Il y a deux ans, la mairie de Paris avec débloqué un budget trois millions d'euros pour endiguer le problème. Si le maire recense des avancées, "400 hébergements accompagnés", "des maraudes des associations de réduction des risques", ou encore des "maraudes de médiation avec les riverains", ces dispositifs restent selon lui insuffisants face à un tel nombre de consommateurs de drogue.

Les tensions, particulièrement marquées vendredi et samedi, se sont apaisées depuis dimanche. Des rondes de policiers ont été organisées pour ramener le calme en attendant qu'une solution plus pérenne soit apportée.

Article original publié sur BFMTV.com

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