Paris: un policier qui voulait "combattre l'injustice" jugé pour corruption et trafic de drogue

Esther Paolini
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Le commissariat de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), en octobre 2020. (PHOTO D'ILLUSTRATION) - CHAMPIGNY-SUR-MARNE, FRANCE
Le commissariat de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), en octobre 2020. (PHOTO D'ILLUSTRATION) - CHAMPIGNY-SUR-MARNE, FRANCE

C’est pour "combattre l’injustice" que Karim M., agent de la Brigade anti-criminalité du 18e arrondissement de Paris a voulu devenir policier, il y a plus de 15 ans. Une vocation bien éloignée des motifs pour lesquels il est jugé à Paris, depuis ce mercredi. Le quadragénaire comparaît aux côtés de cinq autres collègues, notamment pour corruption, blanchiment d’argent et trafic de stupéfiants dans le quartier sensible de la Goutte d’Or. Au premier jour de son procès, il a tenté d’expliquer ses motivations à rejoindre l’institution, sans réellement convaincre.

Un "métier noble"

Avant de revenir sur les faits qui sont reprochés au policier, à savoir d’avoir mis en place un vaste système de racket de dealers et blanchi de l’argent issu du trafic de stupéfiants pour son intérêt personnel, la présidente a interrogé à plusieurs reprises Karim M., sur les raisons qui l’ont poussé à choisir ce métier:

"C’est un métier noble qui m’a attiré dès mon plus jeune âge", soutient-il, derrière le box vitré, encadré d’un fonctionnaire.

Mais sa justification se heurte à son parcours: à la majorité, celui que l’on surnomme "Bylka" dans le quartier (kabyle en verlan) refuse de faire son service militaire. "Je ne souhaitais pas spécialement le passer. À cette époque, j’estimais que c’était une perte de temps." Elle se heurte aussi à son casier judiciaire.

Avant de devenir policier, le principal prévenu a été condamné à deux reprises, pour violences avec une incapacité totale de travail de 195 jours - la victime a perdu un œil -, puis une seconde fois en 1995, pour rébellion contre les forces de l’ordre et dégradation d’un véhicule de police. Pourtant, il dit avoir toujours voulu effectuer "les missions de la bac, l’anti-criminalité en général", disant avoir été attiré par "le travail en civil, la diversité des missions."

Des propriétés "déclaratives" en Algérie

Le policier, en détention depuis le début de la procédure, a expliqué succinctement sa vie d’une part et d’autre de la Méditerranée. Dans le 18ème arrondissement de Paris, où il a passé son baccalauréat et exercé comme "baqueux" pendant plus de 15 ans.

"J’ai eu d’autres opportunités pour travailler dans le 93. J’ai décidé de rester dans le 18e, car la police judiciaire faisait trop d’heures. C’était trop compliqué par rapport à ma vie de famille. À l’époque on m’avait promis sans l’écrire, que si je restais dans le 18ème, j’obtiendrais mon grade de brigadier", se justifie Karim M.

Puis sur ses liens en Algérie, où sa famille est de façon "déclarative" propriétaire de deux bien immobiliers, et dont la justice l’accuse d’y avoir blanchi de l’argent issu de ses rackets. Là-bas, il reste discret sur sa profession:

"Ça aurait pu être dangereux pour moi par rapport au voisinage. Je voulais passer des vacances avec mes proches sans être pointé du doigt comme policier français. Beaucoup de compatriotes algériens ont des problèmes avec les policiers en France. Je fais un travail répressif, je ne voulais pas être embêté."

"Je n’ai rien révolutionné dans la police"

Plus tard dans l’après-midi, la présidente a abordé, sans entrer dans le détail, l’une des pièces à charge du dossier. Un sac rempli de neuf téléphones portables, visiblement récupérés pendant des d’interpellations, retrouvé à son domicile:

- Ce sont des téléphones abandonnés sur la voie publique [par les dealers] pour ne pas être impliqués dans les trafics, explique-t-il.

- Vous les ramassez?

- J’ai déjà essayé de les donner à des services plus hauts dans le commissariat, ça ne les intéressait pas.

- Et donc vous préférez les garder chez vous. Ce sont des lignes prépayées, donc on ne sait pas si vous les utilisez. Vous ne les utilisez pas?

- Ça m’est arrivé, oui. Je n’ai rien révolutionné dans la police. C’est une pratique qui était faite et que j’ai reproduit, tout simplement, admet-il.

Lors de l'audience, le fonctionnaire a assumé avoir eu recours à des indicateurs, alors même que les agents de la BAC ne sont pas censés en disposer. "J’ai toujours travaillé avec des informateurs et avec l’aval de ma hiérarchie." Deux exemples de pratiques pour le moins douteuses, voire illégales, mises au jour par l’enquête et sur lesquelles va se pencher, jusqu’à vendredi prochain, la 16ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Article original publié sur BFMTV.com