Paris: les Jardins d'Eole respirent, les toxicomanes continuent d'errer

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Les Jardins d'Eole respirent, mais pas sûr que les toxicomanes aillent bien loin: la question de leur prise en charge reste entière après la décision d'Anne Hidalgo de chasser les consommateurs de crack de ce parc du nord-est parisien où ils ne cessent d'être déplacés.

Mercredi matin, un homme, l'air hagard et pantalon baissé, ratisse le trottoir en examinant chaque déchet et manque de se faire écraser par les voitures, le tout sous la surveillance de CRS qui ne bronchent pas.

La scène se déroule à l'entrée nord des Jardins d'Eole, un parc créé en 2007 le long des voies ferroviaires, à la limite des XVIIIe et XIXe arrondissements. Quelques heures plus tôt, des dizaines de consommateurs de crack, voire d'autres drogues dures - de plus en plus de seringues avaient été ramassées ces derniers jours, selon la mairie - y passaient la nuit.

Comme tous les soirs depuis mi-mai, la partie nord du parc qu'ils étaient autorisés à occuper jusqu'à 01H00 afin de soulager les riverains voisins de Stalingrad leur a été fermée en pleine nuit, les laissant en errance dans le quartier, selon les témoignages recueillis par l'AFP et les quelques vidéos tournées.

Sauf que cette fois, les "usagers" de crack n'ont pas pu réintégrer le parc à sa réouverture: à leur place, la maire de Paris Anne Hidalgo, venue tenir sa promesse que ce parc "redevienne un jardin pour les riverains" fin juin.

- "Renaissance"? -

Veillant sur ses enfants de 6, 4 et 2 ans dans l'aire de jeux, John n'a pas cessé de fréquenter le parc pendant le mois et demi de ce "dispositif d'urgence temporaire" décidé par la préfecture en accord avec la mairie.

"La semaine dernière, on est arrivés à 10H00, il y avait des toxicomanes en train de prendre leur petit-déjeuner sur l'aire pour enfants. Si on n'est pas éveillé, on va trouver des pipettes, des seringues...", affirme le père de famille qui a toujours vécu dans le quartier.

Nettoyage général, mise en place d'activités "positives" par la mairie - une ferme urbaine avec notamment des chèvres en semi-liberté - et agents municipaux qui contrôlent l'unique entrée restée ouverte: la Ville promeut la "renaissance" du parc où, affirme-t-elle, "la consommation de produits stupéfiants ne sera plus tolérée".

Mais dès mercredi après-midi, "il y en a quand même qui sont arrivés à rentrer", assure Kamel, riverain du collectif Stop Crack Eole!. Et à 19h00, une trentaine de toxicomanes avaient déjà repris place devant l'entrée nord, devenue leur repaire, sans présence policière.

"Maintenant, j'ai toujours une bombe lacrymogène sur moi", raconte Régine, une autre riveraine qui témoigne d'une insécurité accrue.

"Evidemment, ils ne vont pas disparaître", assume Eric Lejoindre, le maire du XVIIIe arrondissement qui a vu les toxicomanes être déplacés de quartier en quartier, au fil des évacuations. "C'est pour cela qu'on a besoin que le gouvernement dise clairement quelle est sa doctrine."

- "Cynisme absolu" -

Car un bras de fer se joue entre la mairie, la préfecture et surtout le gouvernement au sein duquel le ministre de la Santé Olivier Véran s'est démarqué de la ligne dure affichée par son collègue de l'Intérieur Gérald Darmanin en souhaitant la pérennisation des salles de consommation à moindre risque (SCMR), surnommées "salles de shoot".

Lors de sa visite, Anne Hidalgo a affirmé qu'elle "ouvrirait des lieux" d'accueil des toxicomanes si l'Etat "ne prend pas ses responsabilités".

Si l'élue socialiste affirme avoir fait "plusieurs propositions à l'État", une source policière affirme que Mme Hidalgo a refusé une proposition de lieu d'accueil faite par la préfecture de police.

De son côté, l'opposition de droite a dénoncé "le cynisme absolu" de la mairie. "Les jardins d'Eole fermés, à qui le tour ? Les consommateurs de crack vont rester là et continuer d'errer aux abords du parc, dans les rues et halls d'immeuble", assurent les élus LR et apparentés.

Pour éviter de nouveaux regroupements dans la zone Stalingrad, la présence policière devrait y être renforcée. Pour John, "le problème ne va pas être résolu, mais seulement déplacé".

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