Papouasie : les petites victimes d’une trêve de papier

“Les ventres vides de la trêve humanitaire”, titre l’hebdomadaire indonésien Tempo, pour accompagner le dessin d’un enfant nu, le ventre ballonné par la faim. Pour ne pas s’écrouler, il s’appuie sur une arme à feu deux fois plus grande que lui. Cet enfant représente tous ceux qui sont morts de faim depuis 2021 dans les camps de réfugiés en Papouasie indonésienne.

Entre 60 000 et 100 000 Papous ont fui leurs villages situés dans des régions montagneuses où s’affrontent depuis des années les forces armées indonésiennes et les combattants de la branche armée de l’Organisation pour une Papouasie libre (OPM). Ces derniers contestent l’intégration de la Papouasie occidentale à l’Indonésie lors de l’Acte de libre choix, un référendum contesté mais validé par les Nations unies en 1969.

Coordonnateur de la Maybrat Humanitarian Coalition, le pasteur Bernardus Bofitwos Baru indique à Tempo qu’au moins douze enfants ou bébés sont morts sur la route de ces camps : “Les mères ne mangent que du taro, ce qui affecte la qualité du lait maternel”. Le nombre d’enfants de moins de cinq ans décédés serait bien plus élevé, de nombreux réfugiés se cachant encore dans les forêts inaccessibles de Papouasie.

Accord humanitaire non respecté

Carte de la Papouasie indonésienne. THIERRY GAUTHÉ / COURRIER INTERNATIONAL
Carte de la Papouasie indonésienne. THIERRY GAUTHÉ / COURRIER INTERNATIONAL

Publiée par le ministère indonésien de la Santé en 2021, une étude relève que 34,5 % des jeunes enfants de la région de Maybrat souffrent d’un retard de croissance. Un chiffre qui atteint 55,4 % dans la région de Gunung Bintang. Obet Nego Naa, un médecin local, explique à Tempo qu’il est difficile pour les agents de santé de se rendre dans ces zones de conflit pour soigner les réfugiés “parce qu’ils n’ont aucune garantie de sécurité”.

Maybrat et Gunung Bintang sont deux des six districts dévastés par le conflit armé qui ont été proposés pour une trêve et l’ouverture d’un corridor humanitaire. Le protocole d’accord a été signé à Genève le 11 novembre 2022 par la Commission indonésienne des droits humains (Komnas HAM), le Conseil populaire papou et le Conseil papou des Églises.

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