Le pape et Erdogan parlent de Jérusalem, des Kurdes manifestent leur colère

Catherine MARCIANO
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Photo fournie par la présidence turque du président turc Erdogan lors de sa rencontre avec le pape François, le 5 février 2018 au Vatican

Cité du Vatican (AFP) - Le pape François et le président turc ont défendu lundi le statut de Jérusalem en prônant le respect des droits de l'Homme dans la région, mais à deux pas du palais du Vatican des Kurdes ont crié leur colère face aux bombardements meurtriers du régime d'Ankara en Syrie.

Au cours de 50 minutes de discussions "cordiales", François et Recep Tayyip Erdogan, ont notamment abordé lundi matin "la situation au Moyen-Orient, avec une référence particulière au statut de Jérusalem, mettant en exergue le besoin de promouvoir la paix et la stabilité dans la région à travers le dialogue et la négociation, en respectant les droits de l'Homme et la loi internationale", précise un bref communiqué du Vatican.

Les droits de l'Homme mentionnés ne renvoient pas directement à la Turquie ou aux bombardements turcs en Syrie.

Lors de la première visite d'un président turc au Vatican depuis 59 ans, M. Erdogan avait prévu de remercier le pape pour avoir contesté la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d'Israël. "Nous sommes tous les deux pour la défense du statu quo", avait commenté cet ardent défenseur de la cause palestinienne dans un entretien dimanche à La Stampa.

Outre Jérusalem, Erdogan et le pape ont souligné l'importance de lutter conjointement contre "la xénophobie et l'islamophobie" et de ne pas faire l'amalgame entre "religions et terrorisme", ont indiqué des sources de la présidence, citées par des médias officiels turcs.

Non loin du palais du Vatican, des échauffourées ont éclaté dans un jardin bordé par un étanche cordon de police, où s'étaient rassemblées plusieurs dizaines de manifestants, à l'initiative d'une association kurde dénonçant "un crime contre l'Humanité en cours à Afrine". Deux manifestants ont été arrêtés.

Depuis le 20 janvier, la Turquie mène des attaques en Syrie contre la région d'Afrine, visant officiellement à éloigner de la frontière turque la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), une organisation classée comme "terroriste" par Ankara mais alliée de Washington dans la lutte contre l'Etat islamique.

"Chaque famille a perdu deux ou trois enfants. Mais quelle est la faute des Kurdes? C'est ça la récompense pour s?être battus contre Daesh?", a confié à l'AFP Rasho Mohmad, un Kurde d'Afrine jugeant que le pape n'aurait pas dû recevoir "un assassin". "C?est un devoir d?être ici aujourd?hui. Erdogan est devenu plus qu?un dictateur", a fustigé de son côté Alessio Arconso, du réseau Kurdistan Italie.

Depuis le putsch manqué de 2016, plus de 140.000 personnes ont été limogées ou suspendues en Turquie et plus de 55.000 ont été arrêtées, dont des universitaires, des journalistes, des médecins et des militants pro-kurdes.

-Symbole de paix offert à Erdogan-

Le chef de l'Etat turc, très souriant et en retard, a été accueilli dans le palais du Vatican par un souverain pontife à la mine plus sérieuse. Mais l'atmosphère semblait plus détendue au moment d'échanger des cadeaux.

"Ceci est un ange de la paix, qui étrangle le démon de la guerre", a commenté le pape en offrant un médaillon en bronze d'une vingtaine de centimètres de diamètre. "C'est le symbole d'un monde basé sur la paix et la justice", a-t-il ajouté, une façon diplomatique d'évoquer son horreur des conflits armés.

Le pape argentin, défenseur du dialogue interreligieux, avait effectué un voyage peu chaleureux en Turquie en novembre 2014. M. Erdogan, un pieux musulman, s'était alors arc-bouté sur la dénonciation de l'"islamophobie".

En juin 2016, au cours d'un voyage en Arménie, le pape avait utilisé le mot "génocide", que la Turquie réfute pour qualifier les massacres d'Arméniens de 1915/16. Les autorités turques avaient alors fustigé "une mentalité de croisade".

Le président turc a ensuite déjeuné avec le président italien, Sergio Mattarella, qui a évoqué une rencontre "franche et respectueuse", occasion de répéter la position actuelle de l'UE sur une entrée de la Turquie.

M. Erdogan a pour sa part réitéré son désir d'une véritable "adhésion" de la Turquie à l'UE, après avoir rejeté dimanche la proposition française d'un simple "partenariat".

Il a enfin rencontré en fin de journée durant une heure le chef du gouvernement Paolo Gentiloni, accompagné de trois ministres italiens de premier plan, dans un huis clos complet.

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