Pap Ndiaye au gouvernement: Les messages de Macron derrière cette nomination

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Au-delà des attaques de l'extrême droite, ce que dit la nomination Pap Ndiaye au gouvernement (Photo: via Associated Press)
Au-delà des attaques de l'extrême droite, ce que dit la nomination Pap Ndiaye au gouvernement (Photo: via Associated Press)

Au-delà des attaques de l'extrême droite, ce que dit la nomination Pap Ndiaye au gouvernement (Photo: via Associated Press)

POLITIQUE - Il est le seul à susciter autant de critiques. Pap Ndiaye, le nouveau ministre de l’Education nationale est visé, depuis sa nomination au gouvernement, vendredi 20 mai, par un tir de barrage abondamment nourri par l’extrême-droite.

Son arrivée rue de Grenelle est la “dernière pierre de la déconstruction de notre pays, de ses valeurs et se son avenir”, a par exemple réagi Marine Le Pen, à l’image des déclarations outrancières des cadres du Rassemblement national ou du parti d’Eric Zemmour, Reconquête, toujours prompts à agiter le spectre – infondé ici – du “racialisme”, du “wokisme” ou de “l’indigénisme”.

A tel point qu’Elisabeth Borne a dû monter au créneau pour défendre son nouveau ministre, “un républicain très engagé, quelqu’un qui croit aux valeurs de la République”, dès sa première interview comme cheffe du gouvernement, vendredi soir sur TF1. Car au-delà de ces polémiques presque attendues, selon le propre aveu de la Première ministre, Emmanuel Macron a voulu envoyer plusieurs messages politiques en confiant les clés de ce ministère crucial à l’historien reconnu de 56 ans. Une petite révolution.

La ligne Blanquer désavouée

Force est de constater que la nomination rue de Grenelle de cet intellectuel, de mère française et de père sénégalais, incarne – au moins en apparence – une rupture avec son prédécesseur, Jean-Michel Blanquer, longtemps considéré comme un maillon fort de la Macronie avant que son étoile ne pâlisse ces derniers mois.

Le désormais ex-ministre s’est notamment posé en fer de lance contre le “wokisme” et “l’islamo-gauchisme”. Un combat très médiatique – pour lequel il s’est attiré des louanges (pas seulement à droite) mais aussi l’exaspération d’une partie des enseignants – qui tranche avec les prises de position de son successeur. L’idéologie “woke” est un ”épouvantail plus qu’une réalité sociale ou idéologique”, affirmait par exemple Pap Ndiaye au Monde, en janvier 2022. Un an plus tôt, il disait “partager la plupart des causes” des militants qui défendent “le féminisme, la lutte pour la protection de l’environnement ou l’antiracisme”. “Plus cool que woke.”

Quant à “l’islamo-gauchisme”, une autre des batailles menées par Jean-Michel Blanquer pour endiguer les “dégâts” que ce courant “commet sur les esprits” notamment à la fac, cela “ne désigne aucune réalité dans l’université”, répondait Pap Ndiaye en 2021, comme vous pouvez le voir ci-dessus. 

Plus globalement, c’est toute une partie de la ligne incarnée par l’ancien ministre, chantre d’une laïcité stricte, qui semble désavouée au sommet de l’Etat. C’est également ce que montre le peu de circonscriptions (une seule) accordées par la majorité au mouvement Printemps républicain pour les élections législatives.

Un message à la gauche? 

Loin de ces croisades et des polémiques a répétitions, Pap Ndiaye est réputé partisan du consensus, ceux qui ont travaillé avec lui louent sa capacité à pacifier et dénouer les crispations. Un atout certain après des mois d’affrontement entre les enseignants et son prédécesseur.

L’historien, qui avait soutenu François Hollande en 2012, fait également figure de “pointure” sur les questions liées aux minorités. “Dans le domaine de l’Histoire, c’est quelqu’un qui a été innovant”, dit de lui l’historien Pascal Blanchard, spécialiste de la colonisation, pour qui “ses travaux sur la présence noire en France sont fondateurs”. De quoi envoyer un message aux électeurs de gauche, ou à ceux sensibles à ces questions? 

La gêne des responsables de La France insoumise en dit long sur l’effet produit par cette nomination. Pap Ndiaye est le seul ministre à avoir trouvé grâce aux yeux de Jean-Luc Mélenchon. C’est une “audace”, a-t-il estimé, que de nommer ce “grand intellectuel”.

“Ce qui est sûr, c’est qu’il fallait ‘déblanquériser’ l’Education nationale”, a pour sa part réagi Alexis Corbière, le député LFI, professeur d’histoire de formation, sans trop savoir par quel bout s’en prendre au nouveau ministre. Mais “ce coup médiatique ne désamorcera pas la profonde colère dans l’Education nationale”.

Attention au claquage

Coup politique ou véritable changement de ligne, la Macronie doit désormais faire attention au claquage, tant le grand écart est large entre Jean-Michel Blanquer et Pap Ndiaye. “Nous passons quand même d’une culture politique exigeante en matière de laïcité à une culture politique très différente”, résumait le député du MoDem Jean-Louis Bourlanges sur Franceinfo vendredi, tout saluant “une personnalité extrêmement respectée, un très grand universitaire”. “Passer d’un système à l’autre sans crier gare, ça nous interpelle”, ajoutait cet élu de la majorité, le premier à émettre ces – petites – réserves publiques sur la nomination de l’historien.

“Même si je crois qu’il faut accueillir les cultures nouvelles, je ne voudrais pas que les valeurs fondamentales de laïcité et la liberté de l’esprit ne soient pas défendues avec la même énergie”, expliquait le parlementaire de 75 ans, “très sensible” pour sa part “au danger du wokisme et de la ‘cancel culture’”. Et il est loin d’être le seul en Macronie. Un avant-goût des inquiétudes auxquelles le nouveau ministre va devoir rapidement répondre... et le symbole des limites de l’agilité idéologique du chef de l’Etat.

Pap Ndiaye, lui, ne s’est pas encore exprimé depuis son entrée au gouvernement, en dehors de son bref discours lors de la passation de pouvoir. Il aura fort à faire dans un ministère-clé pour le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron. “L’éducation nationale ne se gouverne pas uniquement à coups de symboles”, n’a pas manqué de rappeler le syndicat d’enseignants SNES-FSU juste après la nouvelle, dans une forme d’avertissement, tant les sujets sont brûlants rue de Grenelle.

À voir également sur le HuffPost : L’annonce du nouveau gouvernement d’Élisabeth Borne

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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