Pandora Papers : «Seule la pression internationale permet de faire bouger les choses»

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L’enquête baptisée « Pandora Papers » a mis au jour plus de 29 000 sociétés offshores. Un grand nombre d'entre elles ont été créées par l’entremise de cabinets d’avocats, rouage indispensable de l’industrie offshore. Cet énième scandale n’y mettra sans doute pas fin, selon Éric Vernier, spécialiste du blanchiment d’argent et chercheur à l’Iris.

RFI : Au cœur des Pandora Papers, comme pour les Panama Papers, on retrouve toujours ces cabinets d'avocats, comme Alcogal. Quel est leur rôle ?

Éric Vernier : On est sur un dossier plus lourd que les Panama Papers, indéniablement. Mais les montages eux-mêmes participent toujours de la même logique et cela existe depuis des décennies, maintenant. Il s’agit toujours de cabinets qui se spécialisent sur la façon d'éviter l'impôt, ou de le réduire fortement en repérant les territoires les plus accueillants. Cela permet des montages de sociétés qui vont permettre d'une part de brouiller les pistes - les fameuses sociétés-écran -, d'autre part de construire des montages d'optimisation fiscale et donc de payer un impôt qui est parfois proche de zéro, voire totalement nul.

Que va-t-il se passer pour Alcogal ?

Il peut se passer beaucoup de choses. Tout dépendra de la puissance de la réaction internationale et de la volonté des différents pays - et notamment du premier concerné, le Panama - d'agir. Je pense que compte tenu de l'ampleur du scandale et de sa médiatisation, les autorités vont au moins faire quelque chose. Je ne sais pas jusqu'où ils iront dans les sanctions, mais en tout cas, il est évident qu'il est impossible pour elles de ne pas réagir. C'est souvent d'ailleurs la pression internationale qui fait agir. L'ampleur du scandale et sa médiatisation entraîneront peut-être pour Alcogal des sanctions, qui peuvent aller jusqu'à sa liquidation.

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En tout cas, on se rend compte que les pratiques ne changent pas beaucoup malgré les précédents scandales...

Si on regarde les paradis fiscaux tels qu'ils sont définis par les experts et les ONG, nous nous apercevons que nombre d'États vivent justement de ces montages et en ont fait une spécialité. Les Bahamas, les Îles Caïmans ont les meilleurs spécialistes internationaux de montages fiscaux et financiers. Lorsqu'on a une spécialité, c'est difficile d'en changer. C'est aussi vrai pour une société que pour un pays, puisque les autorités du Panama avait annoncé qu'elles allaient travailler sur une transparence plus importante, un respect de la réglementation totale. Même si les dossiers [des Pandora Papers, NDLR] remontent à quelques années, ils sont postérieurs aux dossiers des Panama Papers. D'ailleurs, le Panama est toujours l'un des rares pays sur liste noire des paradis fiscaux. Très souvent, lorsqu'on montre un semblant de changement, lorsqu'on gratte, on s'aperçoit que rien ne change.

Par leur ampleur, ces révélations ne peuvent-elles pas faire avancer la lutte contre la fraude fiscale ?

Je vais continuer à faire l'oiseau de mauvaise augure. En plus de vingt ans de travail sur ces questions, j'ai vu au fil des scandales, les mêmes questions revenir : est-ce que le scandale va faire changer les choses, faire réagir ? Est-ce qu'on trouvera des politiques qui vont mettre en place une réglementation internationale efficace ? Au fil des scandales, on a une réaction immédiate qui est assez forte avec de grandes déclarations. Et puis au fil des semaines, des mois et des années, le soufflet retombe et à y regarder de plus près, nous nous apercevons qu'il n'y a pas grand-chose de changé. La preuve : un scandale succède au précédent et cela va continuer.

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