Pandora Papers: dans un Liban à genoux, les élites locales prises dans le scandale

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Frappé par l’une des pires crises économiques depuis 1850, le Liban occupe la première place mondiale quant au recours de ses hommes politiques, de ses banquiers et de ses hommes d’affaires, à des sociétés enregistrées dans des paradis fiscaux, selon l’enquête Pandora Papers du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

De notre correspondant à Beyrouth,

Les noms du Premier ministre libanais Najib Mikati, de son prédécesseur Hassane Diab, du gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, d’un banquier et ancien ministre Marwan Kheireddine et d’autres politiciens, hommes d’affaires et journalistes libanais, sont cités dans la gigantesque enquête sur les évasions fiscales publiée lundi par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

Plus de 600 journalistes de l’ICIJ, de 150 médias répartis dans 117 pays, ont épluché pendant des mois 11,9 millions de documents issus de 14 cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshores, dont 3 millions proviennent du seul cabinet Trident Trust.

Cette vaste enquête démontre que le Liban occupe la première place au monde avec 346 sociétés offshores enregistrées par l’intermédiaire de cette compagnie, loin devant le Royaume-Uni (151 sociétés) et l’Irak, qui se place en troisième position avec 85 sociétés offshores.

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Si la plupart des personnes citées dans l’enquête pour des soupçons d’évasion fiscale ont gardé le silence, les Libanais, soumis à toutes sortes de privations et de souffrances, ont laissé éclater leur colère sur les réseaux sociaux. « Ces gens doivent répondre de leurs actes sur le double plan local et international, afin qu’ils servent de leçon à l’histoire », écrit Mano Zahran sur Twitter.

Ce scandale est d’autant plus dur à accepter pour les Libanais qu’ils ont vu leur pays sombrer dans la pauvreté en l’espace de moins de deux ans. La monnaie nationale a perdu 90% de sa valeur face au dollar, le pouvoir d’achat s’est effondré, le salaire minimum passant à l’équivalent de 45 dollars, dix fois moins qu’en octobre 2019, lorsque la crise a éclaté.

Les principaux accusés se murent dans le silence

Considéré comme l’homme le plus riche du Liban avec une fortune estimée à 2,9 milliards de dollars, Najib Mikati est accusé de s’être porté acquéreur, en 2010, d’une propriété de 10 millions de dollars à Monaco par l’intermédiaire d’une société-écran panaméenne.

Le Premier ministre n’a pas réagi à ces révélations, mais son fils Maher a précisé que l’utilisation d’une société pour l’achat de biens immobiliers ne vise pas à « échapper aux impôts ». « Ces sociétés offrent une flexibilité et des avantages fiscaux potentiels, une planification successorale et une clôture de responsabilité si vous décidez de louer la propriété », a-t-il expliqué dans un courriel en réponse à des questions adressées par l’ICIJ. « Il est courant de posséder des biens immobiliers par le biais d’entreprises plutôt que directement », s’est défendu Maher Mikati.

Riad Salamé, qui fait déjà l’objet d’enquêtes en Suisse et en France pour des soupçons de blanchiment d’argent et de détournement de fonds, est également cité dans les Pandora Papers. Les documents dévoilés par le consortium international montrent que le gouverneur de la Banque du Liban (BDL) possède deux sociétés, Amanior et Toscana, et mentionnent son frère Raja Salamé, propriétaire de Forry Associates Limited, qui aurait reçu 300 millions de dollars de la Banque centrale.

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Le gouverneur de la BDL n’a pas réagi à ces informations, tout comme le banquier Marwan Kheireddine, qui aurait enregistré plusieurs sociétés au Royaume-Uni à la veille de la crise sans précédent qui a éclaté au Liban à l’automne 2019, à l’issue de laquelle les Libanais ont vu leurs dépôts bancaires bloqués et perdre plus des deux tiers de leur valeur.

Le seul qui a réagi aux révélations des Pandora Papers est Hassane Diab, accusé de posséder des parts dans une société-écran dans les îles Vierges britanniques. L’ex-Premier ministre a reconnu avoir co-fondé la société eFuturetech Services Ltd en 2015 et d’avoir cédé ses « 17 actions » en 2019. Il a dénoncé une « falsification de la réalité » et a menacé de poursuivre en justice « ceux qui tentent de nuire à (sa) réputation ».

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