La pandémie a-t-elle une influence sur l’augmentation de la violence chez les adolescents ?

Maxime Poul
·4 min de lecture
Pour lutter contre ces phénomènes de rixes qui se multiplient, Gérald Darmanin a décidé d'envoyer 90 gendarmes et policiers en renfort dans l'Essonne "pour que les choses puissent s'apaiser".

En 2020, les affrontements entre bandes rivales composées de jeunes adolescents ont augmenté en France, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. Doit-on y voir un lien avec la pandémie de Covid-19 ? Éléments de réponse avec une spécialiste.

Deux adolescents tués en l'espace de 24 heures. C'est le triste bilan de ce début de semaine où deux collégiens ont trouvé la mort dans l'Essonne suite à des rixes entre des bandes rivales à Saint-Chéron et Boussy-Saint-Antoine. Deux affaires pourtant pas liées qui sont le symbole d'une augmentation du nombre d'affrontements entre bandes rivales opposant des jeunes parfois âgées de 12 ans jusqu'à 17 ans. Si ce fléau existe depuis plusieurs décennies, les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur montrent que ces rixes entre jeunes sont en augmentation dans l'Hexagone et plus particulièrement en région parisienne.

En 2020, 357 affrontements de ce type ont été recensés contre 288 en 2019, soit une augmentation de 24%. Sur ces 357 affrontements, 186 ont eu lieu en Île-de-France (52%) dont 99 dans le département de l'Essonne. Hormis cette forte augmentation, les chiffres communiqués par la place Beauvau montrent également ces rixes seraient de plus en plus violentes et fatales. Si en 2019 aucun adolescent n'avait trouvé la mort lors de ces bagarres, trois ont perdu la vie en 2020 et déjà deux en ce début d'année 2021.

+35% de troubles psychiques chez les jeunes en un an

Pour la psychologue Hélène Romano, ces chiffres sont tout de même à prendre avec des pincettes parce qu'ils correspondent au nombre de signalements des policiers, qui ne peuvent pas relever toutes les rixes qui se déroulent sur le territoire. Si elle se veut donc très prudente sur le terme d'augmentation, celle qui a fait partie des expertes entendues par la députée PCF Marie-Georges Buffet à la rentrée sur l'impact psychologique du confinement sur les enfants note toutefois une augmentation des troubles psychiques depuis le début de la pandémie.

"D'après l'ensemble des études sorties après le premier confinement, il y a eu un bond de 35% des troubles psychiques chez les enfants et les adolescents. Cette augmentation de la souffrance mentale chez les jeunes est liée au stress, au bouleversement de leur quotidien et de leurs repères ainsi qu'à une angoisse par rapport à leur avenir. On peut donc faire toutes les hypothèses possibles concernant cette hausse, mais des rixes comme ça il y en avait déjà avant le confinement", assure Hélène Romano, qui en a observé beaucoup dans le Val-de-Marne par le passé lorsqu'elle travaillait pour le SAMU.

Des jeunes de plus en plus armés

En revanche, l'augmentation des violences au sein des foyers depuis le début de la pandémie est une certitude selon la psychologue. "Il y a un forte hausse des signalements de violences intrafamiliales, que ça soit des violences conjugales ou des violences sur les enfants. On peut donc émettre l'hypothèse que c'est une des raisons du passage à l'acte chez certains jeunes. Quand les gens sont stressés, angoissés et qu'ils ne comprennent pas trop ce qu'il se passe, le fait qu'ils agissent en ayant peur de l'autre et que ça entraine des violences parait complètement compréhensible. On peut donc faire le lien entre ces événements même s'il y a certainement d'autres facteurs, comme ces affrontements ne sont pas nouveaux."

Les jeunes se retrouvent par ailleurs de plus en plus armés, constate Hélène Romano : "Ce mode opératoire avec des armes est de plus en plus fréquent. Il y a beaucoup de jeunes, notamment en région parisienne, qui se baladent avec des couteaux. On avait pas ça il y a 30 ans quand j'ai commencé à travailler." Avant de prendre en compte le facteur pandémie, c'est l'effet de groupe qui pousse ces jeunes à commettre ces violences parfois mortelles. "On le voit lors des manifestations, lorsque les gens sont pris dans un effet de groupe ils se mettent plus facilement à frapper ou jeter des pavés, ce qu’ils n’auraient jamais fait en temps normal. L’effet de masse fait qu’on ne va plus réfléchir et ça facilite donc le passage à l’acte", conclut la docteur en psychopathologie.

Gérald Darmanin a quant à lui dénoncé "le mimétisme des réseaux sociaux", comme facteur important de ces affrontements violents entre jeunes, avant de pointer du doigt "la déscolarisation, le manque d'autorité parentale et les nouvelles technologies."

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