Pandémie: la vaccination connaît des ratés, contaminations record en Inde

Ouerdya AIT ABDELMALEK, avec les bureaux de l'AFP dans le monde
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Défiance vis-à-vis du vaccin AstraZeneca et problèmes d'approvisionnement font patiner les campagnes de vaccination contre le coronavirus, qui continue sa progression mortelle, notamment en Inde avec un record de contaminations.

Jeudi, plusieurs pays ont annoncé limiter les injections du vaccin d'AstraZeneca au lendemain de rapports confirmant un lien avec de rares mais graves cas de caillots sanguins: les Philippines ont suspendu son utilisation pour les moins de 60 ans, l'Australie pour les moins de 50 ans.

La veille déjà, l'Italie et l'Espagne avaient choisi la prudence, annonçant réserver le vaccin du laboratoire anglo-suédois aux plus de 60 ans, tandis que la Belgique le destine désormais aux plus de 55 ans et le Royaume-Uni aux plus de 30 ans.

La région de Castille-et-Leon, dans le nord-ouest de l'Espagne, a elle totalement suspendu son utilisation, tout comme le Danemark, tandis que plusieurs autres pays de l'Union européenne avaient déjà décidé de ne plus administrer ce vaccin en-dessous d'un certain âge, comme la France et l'Allemagne.

Ces décisions ont été prises malgré l'appel de la commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakides aux 27 Etats membres de l'UE à "parler d'une seule voix", afin de ne pas nourrir la défiance contre ce vaccin sur lequel Bruxelles table pour mener à bien sa campagne, en retard par rapport aux Etats-Unis ou au voisin britannique.

- L'Allemagne discute sur le Spoutnik V -

L'Allemagne a annoncé jeudi vouloir discuter avec Moscou de possibles livraisons de son vaccin contre le Covid-19 Spoutnik V, sans attendre le feu vert de Bruxelles.

"J'ai expliqué au nom de l'Allemagne au Conseil des ministres de la Santé de l'UE, que nous discuterions de manière bilatérale avec la Russie, tout d'abord pour savoir quand et quelles quantités pourraient être livrées", a déclaré le ministre de la Santé Jens Spahn, selon qui la Commission européenne refuse de négocier au nom des Vingt-Sept l'achat de Spoutnik V.

Le commissaire européen Thierry Breton s'est montré très réservé sur l'utilité pour l'UE de recourir aux vaccins chinois ou russe, estimant qu'ils n'aideront pas l'UE "à atteindre (son) objectif d'immunité (de la population) d'ici l'été 2021".

L'UE n'est pas la seule à s'inquiéter des ratés de sa campagne: l'Australie n'a pas atteint son objectif de quatre millions de doses administrées (elle en est à un million) tandis que l'Indonésie a dénoncé jeudi des retards pris dans la livraison de plus de 100 millions de doses d'AstraZeneca, du fait notamment de restrictions aux exportations observées par l'Inde.

Ce dernier pays, qui abrite le plus grand fabricant de vaccins au monde (SII), a décidé de privilégier l'immunisation de sa propre population, alors qu'il connaît un record de contaminations. Plus de 126.000 nouvelles infections ont été enregistrées au cours des dernières 24 heures. Or seules 87 millions de doses ont été administrées jusqu'ici pour une population de 1,3 milliard d'habitants et selon les médias locaux, plusieurs Etats sont confrontés à une pénurie de sérum, comme le Maharashtra où se trouve la mégapole Bombay.

Le ministre de la santé de cet Etat a averti mercredi que les stocks risquaient d'être épuisés dans les trois jours. "Nous devons dire aux gens que, puisque les vaccins ne sont pas arrivés, ils doivent rentrer chez eux", a déclaré Rajesh Tope.

Au moins 708,4 millions de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées dans le monde, selon un comptage réalisé jeudi par l'AFP à partir de sources officielles.

- Inégalités d'accès -

Mais de fortes inégalités subsistent entre pays à "revenu élevé" au sens de la Banque mondiale, qui concentrent près de la moitié des doses administrées, et pays à "faible revenu", où n'ont été administrées que 0,1% des doses.

L'Afrique demeure "en marge", avec seulement "2% des vaccins administrés dans le monde", a déploré jeudi la directrice pour l'Afrique de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) Matshidiso Moeti. Amnesty International a dénoncé le "quasi-monopole" des pays riches sur les vaccins face à une pandémie qui a fait plus de 2,89 millions de morts dans le monde, selon un bilan établi par l'AFP.

Aux Etats-Unis, la vaccination "est en pleine effervescence", s'est réjoui le président Joe Biden, assurant qu'à partir du 19 avril tous les adultes américains seraient éligibles.

Pays le plus endeuillé avec près de 560.000 morts, les Etats-Unis en sont à plus de trois millions d'injections quotidiennes en moyenne sur les sept derniers jours.

Pour autant, le nombre d'infections quotidiennes a recommencé à augmenter et reste à un niveau très élevé (plus de 74.000 nouveaux cas mercredi).

Des pays comme l'Argentine, l'Inde, le Qatar, Cuba ou encore la Tunisie ont annoncé un renforcement des restrictions en vigueur dans l'espoir d'enrayer la hausse des contaminations. L'Ontario, province la plus peuplée du Canada, se reconfine à partir de jeudi.

Au Brésil, plus de 4.000 personnes sont mortes du Covid-19 mardi et plus de 3.800 mercredi.

L'institut de référence en santé publique Fiocruz a estimé mardi "absolument nécessaire" le confinement pour faire face à la saturation des hôpitaux. Mais le président d'extrême droite Jair Bolsonaro l'a exclu.

La Pologne a annoncé jeudi 954 décès dus au Covid-19, un record journalier. L'Iran a elle franchi la barre des deux millions de cas confirmés.

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