Dans le Panchir, dernière province afghane qui échappe aux Taliban, la résistance est sûre d’elle

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Une seule des 34 provinces afghanes résiste encore aux Taliban : le Panchir, situé dans le nord-est de l’Afghanistan, à 100 km de Kaboul, fief du commandant Massoud auquel a succédé son fils, Ahmad. La rédaction des Observateurs de France 24 a pu s’entretenir avec un homme politique proche de la résistance. Sur les réseaux sociaux, des images font état de l’équipement des résistants, pendant que les Taliban versent dans la propagande.

Avec 3 610 km² de superficie, le Panchir est la plus petite province d'Afghanistan. Cependant, la région est entourée de montagnes, la plus haute culminant à 5 768 mètres, abritant 145 glaciers. Cet environnement hostile n’est relié au reste du pays que par quatre routes, deux au nord et deux au sud. C’est ici que le “lion du Panchir”, le commandant Ahmad Shah Massoud, avait tenu tête aux Soviétiques (entre 1979 et 1989), puis à la tête de l’Alliance du Nord, aux Taliban (entre 1996 et 2001) avant d’être assassiné le 9 septembre 2001. Le Front national de résistance, formé cet été par l’Alliance du Nord emmenée par Ahmad Massoud, le fils du commandant défunt, et d’autres mouvements, entend préserver l’inviolabilité de la région.

“Nous avons stocké des armes car nous savions que ce jour arriverait”

Fahim Fetrat est un homme politique afghan proche des forces de l’Alliance du Nord au Panchir:

Je ne peux pas évoquer les détails militaires pour des raisons évidentes, mais je peux assurer que nous avons ce qu’il faut pour tenir longtemps.

Nous avons un stock important d’armes datant de la guerre contre l’occupation soviétique et la première vague de résistance contre les Talibans dans les années 1990, puisque nous redoutions qu’un tel jour arriverait.

Des milliers de moudjahidines de la région du Panchir, ainsi que des soldats de l’armée afghane et des forces spéciales, des policiers aussi, ont rejoint le Panchir après que leurs villes ont été capturées par les Taliban. Ils sont arrivés avec des armes et des munitions.

Actuellement nous comptons dans nos rangs 10 000 soldats entraînés [la BBC évoque “plusieurs milliers” d’hommes , NDLR] et des milliers de volontaires locaux – des hommes de 20 à 70 ans originaires du Panchir – qui s'entraînent dans des camps de la région.

Il y a ici des gens de toutes les régions d’Afghanistan : de Jalalabad, du Helmand, partout du nord au sud du pays… C’est une “résistance nationale”, car tous les Afghans et l’Afghanistan sont impliqués dans cette lutte, pas uniquement les Tadjiks et le Panchir.

"Lorsque les Taliban ont déclaré que le Panchir était assiégé, c’était un mensonge"

Nous n’avons pas spécialement besoin d’essence au Panchir, la région est montagneuse et n'est pas appropriée au transport en voiture. Des animaux : des ânes, des chevaux… sont plus adaptés pour circuler.

Nous obtenons nos rations alimentaires depuis le district du Salang [district montagneux se trouvant à 3 600 mètres d’altitude, voisin du Panchir, dans la province afghane du Baghal, NDLR] tout comme c’était le cas dans les années 1990. Une route menant du Panchir au Salang est sous notre contrôle. Les Taliban n’ont pas une forte présence ici et même dans les districts voisins de Kapisa et Parwan, la présence des Taliban se limite à quelques prisonniers récemment libérés [après des attaques des Taliban dans ces provinces, NDLR].

Il faut au moins quatorze heures de trajet pour arriver aux frontières du Panchir à une troupe militaire venant de provinces voisines, et il n’y a pas d’endroits où se cacher. Lorsque les Taliban ont déclaré que le Panchir était assiégé, c’était un mensonge.

Dans cette vidéo, publiée par des comptes Twitter appartenant aux Taliban le 22 août, on voit un convoi présenté comme se dirigeant vers le Panchir.

Cependant, la rédaction des Observateurs a pu vérifier deux autres vidéos publiées par des comptes taliban affirmant qu’elles sont prises dans le Panchir. Les combattants se trouvent en réalité aux environs du pont de Gulbahar dans le district de Parwan, à 1,7 km au sud de la frontière du Panchir et n’ont donc pas pénétré la région.

Sur cette carte, nous marquons en bleu, la frontière du Panchir, en rouge, le pont sur lequel se trouvent les Taliban visibles dans les deux vidéos ci-dessus.

Une capacité de résistance qui interroge

Des analystes de la situation en Afghanistan ont cependant une autre lecture que la vision optimiste de ce proche de la direction de l’Alliance du Nord. De faibles réserves, le manque d’expérience de combat d’Ahmad Massoud et les leçons qu’ont pu tirer les Taliban de leurs combats perdus au Panchir : ces éléments font douter sur la réelle capacité de résistance des héritiers du commandant Massoud.

Par ailleurs, alors qu’Ahmad Shah Massoud avait un soutien de l’Iran ou des États-Unis, son fils semble en manquer. Dans les années 1990, l’Arabie Saoudite, le Pakistan et les Émirats Arabes Unis avaient reconnu la légitimité des Taliban. En 2021, ce sont la Chine et la Russie qui se sont dites prêtes à travailler avec les Taliban revenus au pouvoir, lesquels ont établi des relations également avec l’Iran et signé un traité de paix avec les États-Unis. L’Alliance du Nord s’est retrouvée de son côté sans soutien public de la communauté internationale.

Le 18 août, Ahmad Massoud fils s’est adressé aux gouvernements occidentaux afin de demander des aides pour la résistance du Panchir contre les Taliban.

Pour Fahim Fetrat, les Taliban n’ont pas changé depuis 2001. Mais il ne ferme pas la porte :

Le but d’Ahmad Shah Massoud était d’établir un système en paix à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afghanistan. C'est-à-dire un gouvernement qui garantisse l’égalité et la paix pour chaque Afghan, quelle que soit sa religion ou son ethnie. Si des négociations permettent de l’atteindre, pourquoi pas.

Depuis le 26 août, une douzaine d’hommes de l’Alliance du Nord négocient avec des Taliban à Charikar [capitale du Parwan]. Ils ont convenu d’un cessez-le-feu jusqu’à la fin des pourparlers.

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