Pancarte antisémite à Metz: trois mois de prison avec sursis requis contre l'enseignante

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Le parquet de Metz a requis mercredi trois mois de prison avec sursis et trois ans d'inéligibilité contre Cassandre Fristot, enseignante et ex-membre du FN qui avait brandi une pancarte antisémite lors d'une manifestation contre le pass sanitaire le 7 août.

Mme Fristot ne s'est pas déplacée devant le tribunal correctionnel où elle est jugée pour "provocation à la haine raciale". Elle encourt jusqu'à un an de prison et 45.000 euros d'amende.

Le jugement a été mis en délibéré au 20 octobre. Le parquet a aussi demandé la "destruction des scellés", notamment une pancarte et des drapeaux saisis lors d'une perquisition au domicile de l'enseignante de 33 ans début août.

Les avocats des 13 parties civiles ont tous insisté sur le fait que la pancarte brandie le 7 août portait "les stigmates profondes de l'antisémitisme" et les "codes du complotisme", comme l'a souligné Me David-Olivier Kaminski, avocat du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

"+Mais Qui+, c'est une nouvelle présentation de la pensée antisémite, et cette pensée, avec cette affiche qui a été brandie publiquement dans les rues de Metz, tombe sous le coup de la loi. Donc je pense que le tribunal doit condamner Cassandre Fristot", a-t-il insisté.

"On a ici une jeune femme qui recycle au XXIe siècle les vieilles lunes antisémites du XIXe siècle", a renchéri l'avocat de la Licra, Me Simon Burkatkzi. "Cette affaire s'inscrit dans le temps long d'un antisémitisme qui sent la naphtaline", a-t-il déploré, demandant lui aussi une "réponse pénale claire et ferme".

- "Décoration" -

Ces affirmations ont été contestées par les avocats de la défense, qui ont nié tout antisémitisme de la part de leur cliente.

"Le +Mais Qui+, c'est +mais qui est responsable de cette politique sanitaire+: est-ce que maintenant on n'a plus le droit de dire +qui, mais qui ?+: aujourd'hui c'est interdit de le dire ?", s'est insurgé Me Paul Yon.

Il a soutenu que les cornes inscrites sur le "Qui" de la pancarte incriminée n'étaient que de la "décoration".

Son confrère, Me François Wagner, a expliqué que la jeune femme n'est pas venue à l'audience car, "victime de menaces", elle ne souhaitait pas "s'exposer". Le conseil a également accusé des journalistes d'avoir voulu "forcer" la porte du domicile de sa cliente. "Elle a reçu 50 appels de journalistes", s'est-il plaint.

Les deux avocats de la défense ont demandé l'annulation pure et simple de la procédure pour vice de forme.

"C'est dommage qu'elle ne soit pas là, j'aurais aimé lui poser quelques questions", a regretté la présidente du tribunal, Marie-José Miceli.

Celle-ci a dû se contenter de lire les déclarations de Cassandre Fristot aux enquêteurs durant sa garde à vue.

"Je voulais dénoncer les puissants, je leur reproche leurs décisions et non leur confession religieuse", avait-elle affirmé.

Devant le tribunal, une trentaine de supporters de la jeune femme avaient scandé "Cassandre à raison" au moment d'être refusés de la salle d'audience, faute de place. Ils ont aussi demandé à faire sortir les nombreux journalistes présents pour leur laisser des sièges.

Une dizaine de ses soutiens faisaient également le tour du bâtiment en récitant des chapelets.

La diffusion d'une photo de l'écriteau, brandi fièrement par son autrice coiffée d'un béret lors de la manifestation messine début août, avait suscité un tollé dans la classe politique et les organisations de lutte contre le racisme et l'antisémitisme.

La jeune femme, professeure d'allemand remplaçante, a été suspendue par l'Education nationale, "provisoirement" selon ses avocats.

mby/rhl

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