Pakistan: les chiites pleurent la mort de 10 mineurs hazaras dans une attaque

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Des milliers de personnes en deuil ont exprimé leur émotion lundi près de Quetta, dans l'ouest du Pakistan, après l'assassinat la veille de 10 mineurs d'ethnie hazara et de confession chiite, dans une attaque revendiquée par l'organisation État islamique (EI).

Les 10 mineurs, selon un bilan officiel révisé à la baisse, ont été enlevés à l'aube dimanche alors qu'ils dormaient près de leur mine de charbon dans une zone montagneuse reculée du Baloutchistan, la province la plus pauvre du Pakistan, sujette à des violences ethniques, sectaires et séparatistes.

Ils ont ensuite été emmenés dans les collines environnantes et tués, avec au moins quatre d'entre eux ayant été décapités, ont indiqué à l'AFP des sources sécuritaires ayant requis l'anonymat.

Quelque 2.500 personnes se sont rassemblées lundi dans la banlieue de Quetta, capitale du Baloutchistan, à environ 60 km au nord-ouest du lieu de l'attaque, où ils ont porté huit des corps dans des cercueils et bloqué une route en réclamant justice.

"Nous n'arrêterons pas notre manifestation tant que les assassins n'auront pas été arrêtés", a déclaré à l'AFP le chef de la communauté chiite au Baloutchistan, Agha Daud.

"Cette nouvelle série de meurtres va toucher d'autres villes, dont Quetta, si des mesures décisives ne sont pas prises", a-t-il mis en garde.

Deux des mineurs tués étaient de nationalité afghane et leurs corps ont été rapatriés dans leur pays pour y être enterrés, a-t-on appris de source sécuritaire locale.

L'organisation État islamique, d'obédience sunnite, a revendiqué l'attaque, selon le centre américain de surveillance des sites djihadistes SITE.

Les Hazaras constituent une grande partie de la communauté chiite du Pakistan, qui elle-même compte pour environ un cinquième de la population de ce pays de 207 millions d'habitants, principalement sunnite.

Aisément repérables à leurs traits asiatiques marqués, qui font d'eux des cibles faciles pour des extrémistes sunnites les considérant comme des hérétiques, ils ont subi des dizaines d'attaques depuis 2001 au Pakistan comme en Afghanistan voisin.

Les autorités pakistanaises nient depuis longtemps la présence de l'EI sur leur sol. Mais le groupe a revendiqué plusieurs attaques par le passé, comme l'attentat suicide en avril 2019 contre un marché de Quetta qui avait fait 20 morts.

Le Baloutchistan est une région riche en hydrocarbures et en minerais. Mais sa population se plaint d'être marginalisée et spoliée de ses ressources naturelles.

Il est secoué par intermittence depuis des décennies par une rébellion séparatiste. Des groupes jihadistes y sévissent également.

La violence sectaire a endeuillé pendant des décennies le Pakistan. La situation s'est toutefois améliorée depuis 2015, quand les forces de sécurité ont lancé une répression féroce des groupes extrémistes sunnites.

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