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Pakistan: les cas de pneumonie infantile en hausse avec le froid et la pollution

Une infirmière s'occupe d'un enfant atteint de pneumonie au service de soins intensifs de l'hôpital pour enfants de Lahore, le 31 janvier 2024 au Pakistan (Arif ALI)
Une infirmière s'occupe d'un enfant atteint de pneumonie au service de soins intensifs de l'hôpital pour enfants de Lahore, le 31 janvier 2024 au Pakistan (Arif ALI)

Dans un hôpital pédiatrique au Pakistan, les toux d'enfants et les râles bronchiques se font entendre de tous côtés, conséquence d'un hiver glacial, aux effets intensifiés par le smog et les retards de vaccination.

"S'il vous plaît, priez pour lui", supplie la mère d'Ibrahim, un bébé de quatre mois atteint de pneumonie, à l'intention d'une infirmière, en arrangeant délicatement une couverture autour des tubes du respirateur aspirant et expirant l'air de sa poitrine agitée.

Chaque hiver, les poumons des 11 millions d'habitants de la mégapole de Lahore, dans l'est du Pakistan, sont asphyxiés par le smog, qui en fait l'une des villes les plus polluées au monde.

Les émanations de diesel bas de gamme, les fumées provenant des brulis agricoles saisonniers et le refroidissement hivernal des températures favorisent le smog.

La pluie, rare en cette saison, apporte généralement un répit bienvenu, en chassant les particules polluées. Mais cette année, l'hiver a été exceptionnellement froid et sec au Pakistan, ce qui a rendu les enfants encore plus vulnérables que d'habitude aux maladies respiratoires.

Pour le seul mois de janvier, plus de 18.000 cas de pneumonie et près de 300 morts ont été enregistrés dans la province du Pendjab, dont Lahore est la capitale.

Près de la moitié des cas de mort infantile causée par la pneumonie sont associés à la pollution de l'air, selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

Les conséquences d'une exposition prolongée au smog, ce mélange de brouillard et d'émissions polluantes, est catastrophique: maladies cardiaques, cancer du poumon, maladies respiratoires, attaques cérébrales, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Le gouvernement de la province a prolongé les vacances scolaires, rogné sur les horaires de cours et ordonné le port du masque pour tenter de protéger les enfants.

- Suspicion envers la vaccination -

L'Hôpital pour enfants de Lahore n'en a pas moins continué à admettre des centaines de malades chaque jour.

Rashid Liaquat est assis avec son fils de trois ans Mohammad Ali, fiévreux depuis cinq jours, devant le bâtiment principal qui abrite 1.300 lits.

Quand Rashid, 31 ans, a entendu que son fils avait le souffle court pendant son sommeil, il l'a emmené en urgence à l'hôpital, où une pneumonie a été diagnostiquée.

"Le sifflement m'a vraiment effrayé. Je ne savais pas que c'était la pneumonie, mais j'étais sûr que quelque chose n'était pas normal", observe-t-il.

La première question que les médecins lui ont posée consistait à savoir si Ali était vacciné. L'enfant était bien à jour de ses vaccinations, ce qui a accéléré sa guérison. Mais tous ne le sont pas, selon le docteur Junaid Rashid.

"On n'est pas à l'aise quand un enfant vient nous voir avec la maladie et qu'il n'est pas vacciné", dit-il.

Le Pakistan peine à étendre la couverture vaccinale de sa population. La vaccination se heurte à une suspicion persistante dans ce pays où la désinformation est très répandue et où des religieux ultra-conservateurs la présente comme contraire à l'islam.

Les naissances prématurées et les retards de croissance causés par la malnutrition sont aussi monnaie courante, et affaiblissent les enfants ainsi plus susceptibles d'attraper une pneumonie.

nz/jts/cyb/mr