<p>Chronique "L'air du temps"</p> - Affaires de mémoire

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En ce moment, la mémoire se pique volontiers d'indigénisme. Du coup, l'Élysée tend l'oreille.

Parmi les nombreux supplices que l’homme s’invente, il y a la mémoire. Elle change, elle a ses lubies, ses modes même, mais elle ne disparaît jamais. Et elle demande sans cesse des comptes. En ce moment, elle se pique volontiers d’indigénisme. Il y a vingt ans, personne n’y songeait. Dans vingt ans, on sera passé à autre chose mais, ces temps-ci, on ne parle que de ça. Du coup, l’Élysée tend l’oreille.

Résultat : comme nous tous, le président et ses troupes apprennent vitesse grand V à parler décolonial sans accent. Épidémie ou pas, ils travaillent leur histoire de France du temps de l’empire colonial. Un chef d’État, c’est un peu comme un directeur de conscience à l’ancienne : il doit chatouiller l’âme de son peuple pour que tous prient au même autel. Objet de ce bel effort collectif : rétablir le dialogue avec des pages de notre passé un peu trop délaissées. Un seul mot : bravo. Il faut qu’un pays ressemble à tous ses habitants. Et les « autorités françaises » (j’adore cette formule) de faire un gros effort pour donner des couleurs aux noms propres des rues nouvelles ou des bâtiments récents. Seul petit ennui : on tombe sans arrêt sur les mêmes ossements. Mandela, Martin Luther King et deux ou trois autres écrasent la concurrence.

Il s’agit de nous réconcilier avec nous-mêmes

D’où une idée géniale : charger une commission (un autre de nos termes creux adorés) de dresser une liste de noms qu’on enverra à tous les maires de France – ces pauvres ânes bien incapables de baptiser tout seuls leur stade, leur nouvelle médiathèque ou leur prochaine piscine. Une mission d’importance capitale : il s’agit de nous réconcilier avec nous-mêmes. Rien que ça. Malgré son nom un peu hérétique en ces matières, carte blanche a été(...)


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