Pêche, sous-marin, immigration: entre Londres et Paris, pourquoi les tensions se multiplient

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Boris Johnson et Emmanuel Macron au G7, le 11 juin 2021. (Photo: via Associated Press)
Boris Johnson et Emmanuel Macron au G7, le 11 juin 2021. (Photo: via Associated Press)

INTERNATIONAL - Que se passe-t-il entre la France et le Royaume-Uni? Ces dernières semaines, les tensions se sont exacerbées sur plusieurs sujets entre les deux pays: la gestion délicate des traversées de migrants, le traité des sous-marins entre Londres, Washington et Canberra (le dossier “Aukus”), le protocole nord-irlandais et les droits de pêche dans le cadre du Brexit...

Pourquoi autant de frictions? “Il fallait s’attendre à ce que le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne provoque des tensions”, explique Antoine Aurélien, professeur de droit et directeur de l’Observatoire du Brexit, interrogé par Le Huffpost. “L’impact du Brexit n’est pas observable qu’au Royaume-Uni, insiste-t-il. Au-delà de l’Union européenne, ce sont des relations étroites depuis des siècles qui sont touchées.”

Toutefois, ces contentieux -hormis le traité “surprise” annulant le contrat franco-australien colossal sans que Paris soit prévenu- sont en réalité sous-jacents depuis de nombreux mois, rappelle Aurélien Antoine. La question de la pêche avait presque fait craindre une bataille navale entre les deux pays en mai, les traversées de migrants ne sont malheureusement pas une nouveauté, et le Brexit est entré en vigueur il y a 18 mois. “Mais là, tout s’agrège”, explique-t-il. Et en raison d’un agenda bien chargé, surtout du côté français, tout sujet devient politique.

Royaume-Uni et France montrent les muscles

C’est notamment le cas de la pêche, de nouveau au cœur des préoccupations ces derniers jours. Alors que ce secteur représente 0,1% du PIB pour les deux pays, la question des licences accordées aux pêcheurs français, pas assez nombreuses, estime Paris, est devenue un sujet hautement sensible dans lequel France et Royaume-Uni jouent la surenchère à coup de menaces et de mesures de restrictions. “Les Etats veulent montrer leurs muscles, leur souveraineté, notamment en matière de politique économique. La France veut s’affirmer sur la scène européenne et Boris Johnson (le Premier ministre britannique, ndlr) veut donner des preuves tangibles des avantages du Brexit”, explique le professeur de droit.

La France veut s’affirmer sur la scène européenne et Boris Johnson veut donner des preuves avantages des avantages du BrexitAurélien Antoine, directeur de l'Observatoire du Brexit

D’après le ministre britannique de l’Environnement George Eustice, Emmanuel Macron veut aussi jouer sa réélection en gagnant cette bataille de la pêche. Un point de vue partagé par Aurélien Antoine: “On ne peut pas dire que c’est le principal sujet politique, mais la France veut se montrer stricte, parfois à l’excès.” La menace de renforcer des contrôles et d’interdire aux bateaux britanniques de débarquer dans les ports français à partir du 2 novembre a d’ailleurs été qualifiée de disproportionnée de l’autre côté de la Manche. Mais à quelques mois des élections, le spécialiste estime que “l’exécutif veut aussi se positionner en tant qu’allié du monde agricole.”

Autre échéance de taille qui explique la fermeté du ton côté tricolore: la présidence du Conseil de l’Union européenne à partir de janvier 2022. “Emmanuel Macron veut en faire un moyen de relancer l’UE”, ajoute Aurélien Antoine, et mettre un accent sur la défense, mise à mal par le traité Aukus.

Des tensions qui dépassent les deux pays

Cependant, juge-t-il, les tensions actuelles dépassent les deux pays. “Il n’est pas seulement question de relations bilatérales. Le Brexit est un sujet européen, les sanctions ne pourront venir que de l’Europe, la question migratoire a toujours été un problème. Et le traité Aukus montre que les problématiques géopolitiques se déplacent vers la zone indo-pacifique”, une zone où l’influence se joue entre les Etats-Unis et la Chine, avec l’Europe restant au second plan. Une place qu’Emmanuel Macron veut changer: “Sous la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, nous agirons pour renforcer les liens entre Union européenne et Asie du Sud-Est”, a-t-il déclaré au G20 ce samedi 30 octobre.

Outre ces considérations mondiales, le conflit autour de la pêche demeure bien réel et mine les relations franco-britanniques. Après les menaces de sanctions, la convocation de l’ambassadrice de France par le ministère des Affaires étrangères britannique, de nouvelles menaces, puis Emmanuel Macron qui remet en cause la “crédibilité” de Londres dans une interview au Financial Times, une rupture est-elle à craindre? “Non, ce serait exagéré”, estime Aurélien Antoine.

D’ailleurs, le chef du gouvernement britannique n’a-t-il pas encore assuré vendredi 29 octobre: “La France est l’un de nos meilleurs, de nos plus vieux, de nos plus proches alliés, amis, partenaires” et “les liens qui nous unissent, qui nous lient, sont bien plus forts que les turbulences actuelles dans notre relation”? Toujours est-il qu’Emmanuel Macron et Boris Johnson doivent se rencontrer ce week-end en marge du G20 pour évoquer les fritures sur la ligne. Et pour peut-être enterrer les hameçons de la discorde?

À voir également sur le HuffPost: Pêche à Jersey: la France dénonce la décision “inacceptable” du Royaume-Uni

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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