Pêche illégale, vaccin anti-covid, sécurité alimentaire..., l'OMC annonce des accords "historiques"

Les 164 États membres de l'OMC ont réussi à s'accorder sur un paquet de mesures allant de la suppression de subventions à la pêche, à la levée temporaire des brevets sur les vaccins anti-Covid, en passant par l'insécurité alimentaire.

C'est "un ensemble de résultats sans précédent. Il y a longtemps que l'OMC n'avait pas obtenu un nombre aussi important de résultats multilatéraux. Les résultats démontrent que l'OMC est capable de répondre aux urgences de notre époque", a déclaré la directrice de l'OMC Ngozi Okonjo-Iweala, devant les chefs de délégation.

La conférence avait pour ambition non seulement de s'attaquer à l'insécurité alimentaire créée par la Russie, mais aussi supprimer des subventions qui facilitent la pêche illégale et vident les océans, lever temporairement les brevets qui protègent les vaccins anti-Covid ou encore réformer l'OMC elle-même.

Mais lorsque la réunion a débuté dimanche, l'espoir de conclure sur tous ces sujets était mince, tant les divergences entre délégations restaient importantes. Mme Ngozi elle-même a rappelé qu'elle plaçait la barre du succès à l'adoption d'un ou deux textes.

"Un résultant important et de portée mondiale"

Valdis Dombrovskis, commissaire européen chargé du commerce, a salué "un résultant important et de portée mondiale", mais "les profondes divergences ici confirment que l'organisation a besoin d'être réformée en profondeur".

Katherine Tai, son homologue américaine, a préféré souligner "la rapidité" de l'OMC dans le dossier des vaccins.

Insécurité alimentaire

Le texte sur l'insécurité alimentaire était très attendu, bien qu'il ne s'agisse que d'une déclaration ministérielle.

La guerre menée par les Russes prive le monde de céréales et d'engrais, fait flamber les prix et menace de faim des millions de gens dans le monde.

Le document adopté souligne l'importance "de ne pas imposer de prohibitions ou de restrictions à l'exportation" qui soient contraires aux règles de l'OMC. Il demande que toutes mesures d'urgence introduites pour répondre à des préoccupations en matière de sécurité alimentaire, comme un gel des exportations, "soient temporaires, ciblées et transparentes", et soient notifiées à l'OMC.

Un second texte protège les achats de nourriture du Programme alimentaire mondial de restrictions qui pourraient être imposées par certains pays.

Accord sur la pêche

Jusqu'à la dernière minute, l'accord sur la pêche est resté incertain, et même si le texte est édulcoré par rapport aux ambitions initiales, Mme Ngozi n'a pas moins revendiqué un succès.

C'était l'un des sujets phare de cette ministérielle. Les négociations sur le sujet ont été lancées il y a plus de 20 ans et s'inscrivent dans les objectifs du développement durable de l'ONU. Il s'agit en particulier d'interdire certaines formes de subventions qui peuvent encourager les prélèvements illégaux.

"Il s'agit aussi de garantir les conditions de vie de 260 millions de personnes qui dépendent directement ou indirectement de la pêche. Cet accord interdit tout soutien à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Il marque une première étape importante dans la lutte contre ces pratiques, en interdisant notamment les subventions accordées à la pêche non réglementée", dit la directrice de l'OMC.

Pour aider les pays en développement, l'OMC veut mettre en place un fonds permettant d'apporter une assistance technique et aider leurs pêcheurs à se tourner vers une pêche plus durable.

Le texte a été critiqué par plusieurs ONG qui estiment qu'il se trompe de cible.

Vaccins contre le Covid-19 : la levée temporaire des brevets

Après deux ans et demi de lutte contre la pandémie de Covid-19 les États membres ont réussi à s'accorder sur la facilitation du commerce des biens médicaux nécessaires à la lutte contre les pandémies. Un sujet d'importance pour éviter que le commerce des ingrédients et matériels ne soit restreint au moment où on en a le plus besoin.

La levée temporaire des brevets protégeant les vaccins anti-Covid destinés aux pays en développement a également été adoptée. Ce sujet a fait l'objet d'âpres batailles entre le lobby pharmaceutique, des pays en développement et de nombreuses ONG. L'idée est de faciliter la production de sérums.

"Ce fut un long combat mais c'est fait", a lâché Mme Ngozi en conférence de presse.

Médecin sans frontières estime que "_ce texte échoue à garantir aux gens un véritable accès aux matériels médicaux dont ils ont besoin, il ne lève pas les brevets de façon adéquate et il ne concerne pas tous les pays".
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