La pêche au chalut émet autant de CO2 que le transport aérien

Céline Deluzarche, Journaliste
·2 min de lecture

La pêche au chalut, qui recourt à un long filet conique remorqué par un navire, est régulièrement remise en cause pour sa non-sélectivité sur les espèces capturées et les dégâts causés aux fonds marins. En 2016, le chalutage en eau profonde (plus de 800 mètres ou 400 mètres dans les zones vulnérables) a été interdit dans les eaux européennes, mais elle demeure légale dans les eaux internationales qui représentent 60 % des mers et océans du globe. Chaque année, 4,9 millions de km2 seraient ainsi raclés par les chaluts, soit 1,3 % de la surface océanique.

Les sédiments marins constituent le premier réservoir de carbone à long terme de la Planète

Or, la pêche au chalut crée des dégâts considérables dans les fonds marins : elle détériore les habitats naturels et arrache les organismes posés sur le fond. Mais ce n’est pas tout : selon une nouvelle étude parue dans Nature et signée par 26 experts en climatologie, biologie et économie, cette pratique entraînerait le dégagement de 600 à 1.500 millions de tonnes de CO2 par an, soit davantage que le transport par avion (918 millions de tonnes en 2018).

« Les sédiments marins constituent le premier réservoir de carbone à long terme de la Planète. La perturbation de ces réserves de carbone va reminéraliser le carbone sédimentaire en CO2, ce qui est susceptible d'accroître l'acidification des océans, de réduire le pouvoir tampon de l'océan et de contribuer à l'accumulation de CO2 atmosphérique, s’inquiètent les auteurs. Ces 1.500 millions de tonnes relâchées dans l’océan ne représentent que 0,02 % du carbone sédimentaire marin total, mais cela équivaut à 15 à 20 % du CO2 atmosphérique absorbé par l'océan chaque année ». La perte de carbone des fonds marins est ainsi comparable à celle causée dans les sols terrestres par l'agriculture, et dépasse celle de l’aviation.

Pourcentage des eaux territoriales de chaque pays constituant les 10 % de zones prioritaires à protéger. © Enric Sala et al., Nature,...
Pourcentage des eaux territoriales de chaque pays constituant les 10 % de zones prioritaires à protéger. © Enric Sala et al., Nature,...

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