Législatives au Pérou: claque pour le fujimorisme, vers un Parlement éclaté

Luis Jaime CISNEROS
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Le Parlement péruvien, le 24 janvier 2020 à Lima

Lima (AFP) - Les Péruviens ont durement sanctionné le fujimorisme, principale force politique du pays, lors des législatives de dimanche au cours desquelles un Parlement atomisé et dominé par les centristes a été élu, selon les premiers éléments publiés par un institut de sondage.

D'après Ipsos Pérou, dont les chiffres portent sur un échantillon représentatif de 95% des bureaux de votes, l'opposition fujimoriste (droite populiste), jusqu'ici majoritaire, arrive en sixième position avec moins de 7% des voix.

Aucun résultat officiel n'a été publié à ce stade.

Le Parlement unicaméral péruvien, contrôlé par les fujimoristes, a été dissous en septembre par le président Martin Vizcarra sur fond de scandales de corruption, entraînant ces législatives anticipées.

La principale force politique du pays, fondée par l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), mêle populisme autoritaire, conservatisme sociétal et libéralisme économique.

Des 73 sièges sur 130 qu'il détenait, le parti Fuerza popular, dirigé par sa fille Keiko Fujimori, devrait en conserver dix fois moins, prédit l'analyste Fernando Rospigliosi.

"C'est l'effondrement du fujimorisme, c'est une chute très lourde, un coup très dur", a déclaré à l'AFP Luis Benavente, directeur du cabinet Vox Populi.

Mise en cause dans le scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien du bâtiment qui a versé durant des années des millions de dollars d'enveloppes à la classe politique latino-américaine, notamment au Pérou, la cheffe de file de l'opposition a passé treize mois en détention provisoire. A sa sortie de prison fin 2019, elle a annoncé une pause dans ses activités politiques.

"Le vainqueur de l'élection, ce sera Martin Vizcarra car il aura réussi à changer le Parlement qui lui était hostile ces dernières années", avait prédit l'analyste Augusto Alvarez Rodrich.

Les partis traditionnels discrédités, de nouvelles formations ont vu le jour pour ces élections avec une myriade de candidats inconnus.

Plusieurs partis centristes, dont Accion Popular (10,1%) --formation ayant reçu le plus de votes--, Alianza para el Progreso (8,0%) et le Partido Morado (7,7%), figurent dans le groupe de tête, selon Ipsos Pérou. Le chef de l'Etat, faute de parti majoritaire, devra donc nouer des alliances pour faire passer ses réformes.

La gauche, divisée entre le Frente Amplio (6,1%) et Juntos por el Perú (5,1%), obtient 11,2% des voix, d'après l'institut de sondage.

- "Les urnes plutôt que la rue" -

En privilégiant les urnes plutôt que la rue, à la différence du Chili, de la Bolivie, de l'Equateur ou de la Colombie, récemment secoués par de violentes manifestations, le Pérou fait figure d'exception dans la région.

M. Vizcarra, 56 ans, a succédé en mars 2018 à Pedro Pablo Kuczynski qui a démissionné à cause du scandale Odebrecht.

Quatre anciens présidents péruviens --Alejandro Toledo (2001-2006), Alan Garcia (1985-1990 et 2006-2011), qui s'est suicidé, Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018)-- ont été mis en cause pour avoir reçu de l'argent du groupe brésilien qui a reconnu avoir versé 29 millions de dollars de pots-de-vin entre 2005 et 2014.

"Nous demandons au nouveau Parlement de respecter la lutte contre la corruption", a dit au moment de glisser son bulletin dans l'urne le procureur anti-corruption José Domingo Pérez, surnommé le "Superprocureur", qui est chargé du dossier Odebrecht.

Les 130 parlementaires élus dimanche doivent siéger à peine seize mois, jusqu'au 28 juillet 2021, afin d'achever le mandat de cinq ans issu des élections de 2016.

"La chute de l'"establishment" et la fin de la domination des fujimoristes ont fait place nette sur l'échiquier politique péruvien", résume l'analyste Carlos Melendez.

Se déroulant au coeur de l'été austral et pendant des vacances scolaires, cette élection n'a pas passionné au Pérou, où le vote est obligatoire: un tiers des Péruviens se disait indécis ou comptait voter blanc.

Les prochaines élections législatives sont prévues en avril 2021. Ni Martin Vizcarra, ni les parlementaires élus dimanche ne pourront se représenter.