Pérou: Sagasti devient officiellement nouveau président par intérim

Francisco JARA
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El centrista Francisco Sagasti habla con la prensa tras ser elegido presidente interino de Perú por el Congreso, el 16 de noviembre de 2020, en Lima
El centrista Francisco Sagasti habla con la prensa tras ser elegido presidente interino de Perú por el Congreso, el 16 de noviembre de 2020, en Lima

Francisco Sagasti est officiellement devenu mardi le nouveau président du Pérou, avec la tâche de mettre fin à la profonde crise politique qui secoue le pays sud-américain et de le conduire aux élections générales d'avril 2021.

"Je jure devant la patrie et tous les Péruviens exercer la charge de président", a déclaré Francisco Sagasti, 76 ans, lors d'une session plénière du Parlement.

Il a aussitôt promis que les élections présidentielles et législatives du 11 avril auraient lieu "sans contre-temps" et seront "absolument transparentes".

L'élection lundi de M. Sagasti à la tête du Parlement, lors d'un vote où il était le seul candidat, a fait de lui automatiquement le nouveau dirigeant du Pérou en raison de la vacance à la tête de l'Etat. Il est le troisième à occuper ce poste en un peu plus d'une semaine.

Dans un pays habitué à une très forte instabilité politique, cette nouvelle période de turbulences a été ouverte le 9 novembre par le Parlement lui-même: les députés ont voté la destitution du populaire président Martin Vizcarra (centre-droit) pour des soupçons de corruption lorsqu'il était gouverneur en 2014, alors qu'aucune enquête de justice n'avait été diligentée.

Le chef du Parlement, l'opposant Manuel Merino, également de centre-droit, a alors pris les rênes du pays, provoquant la colère de milliers de manifestants, en majorité des jeunes, descendus dans la rue pour protester contre un "coup d'Etat" parlementaire.

A contre-courant de la classe politique locale, en 32 mois de mandat, Martin Vizcarra était devenu un président populaire en faisant de la lutte contre la corruption son principal cheval de bataille. Il a "catégoriquement" nié les accusations de pots-de-vin qui lui ont valu sa destitution.

Après cinq jours de manifestations violemment réprimées, qui se sont soldées par la mort de deux jeunes protestataires de 22 et 24 ans, et des centaines de blessés, M. Merino, lâché par la classe politique, a finalement jeté l'éponge.

L'un des manifestants portés disparus depuis samedi et retrouvé mardi a dénoncé avoir été "séquestré" par la police.

Lors de son discours d'investiture, M. Sagasti a demandé "pardon (...) au nom de l'Etat" aux familles des deux manifestants tués.

- Soutien des Etats-Unis -

La personnalité modérée et consensuelle de Francisco Sagasti, plus technocrate que politique, et qui n'avait pas voté pour la destitution de M. Vizcarra, devrait à présent permettre de débloquer la crise institutionnelle.

"Les Etats-Unis sont prêts à travailler avec le président Sagasti et à soutenir les Péruviens dans la préparation de la transition démocratique" pour les élections de 2021, a déclaré sur Twitter le sous-secrétaire d'Etat en charge de l'Hémisphère occidental, Michael Kozak.

Le chef de la diplomatie du Chili, Andrés Allamand, a souligné qu'il dispose d'un "soutien politique fort" pour gouverner.

"Nous tous, les jeunes, nous avons le sentiment d'avoir fait un petit exploit, mais ce n'est pas suffisant. A partir d'avril, des élections, c'est à nous de jouer", a réagi mardi auprès de l'AFP, Geraldine Aldave, une styliste de 22 ans.

"C'est quelqu'un de techniquement préparé, ce qui n'était pas le cas avec l'usurpateur précédent", estime Walter Nuñez, 30 ans.

Lors de son discours, M. Sagasti a également indiqué que pendant les huit mois de son mandat, jusqu'au 28 juillet 2021, sa priorité serait la gestion des conséquences de la pandémie de coronavirus. Il a promis de faire son possible pour "réduire les contaminations mais sans affecter l'économie".

Le Pérou, 33 millions d'habitants, est un des pays les plus endeuillés au monde au regard de sa population, avec plus de 930.000 cas déclarés et 35.000 décès, tandis que l'économie a plongé de 30% au second trimestre.

Reste à savoir quelle sera la marge de manoeuvre du nouveau chef de l'Etat alors que les bras de fer successifs entre l'exécutif et les députés ont rythmé la présidence de Martin Vizcarra (2018-2020).

"Il y a toutes les conditions pour que Sagasti termine son mandat", estime auprès de l'AFP le politologue Augusto Alvarez Rodrich.

Le chercheur y voit pour preuve la situation sans précédent depuis des décennies d'une "coalition entre le Parlement et l'opinion publique", alors que la députée de gauche, Mirtha Vasquez, qui avait également voté contre la destitution de Martin Vizcarra, est devenue présidente du Parlement.

"L'élection de Francisco Sagasti va aider à établir un moment de stabilité politique et économique", prédit-il.

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