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Pérou: en plein "Rolexgate", le Premier ministre obtient la confiance du Parlement

Le Premier ministre péruvien Gustavo Adrianzen expose sa politique générale au Parlement, le 3 avril 2024 à Lima (Juan Carlos CISNEROS)
Le Premier ministre péruvien Gustavo Adrianzen expose sa politique générale au Parlement, le 3 avril 2024 à Lima (Juan Carlos CISNEROS)

Le nouveau Premier ministre du Pérou, Gustavo Adrianzén, a obtenu mercredi la confiance du Parlement, au moment où une enquête visant la présidente Dina Boluarte, rattrapée par une affaire de montres de luxe, fragilise son gouvernement.

Soixante-dix députés sur cent-trente ont accordé, mercredi soir, leur confiance au nouveau gouvernement. Dix-sept se sont abstenus et trente-huit ont voté contre.

M. Adrianzén devait recueillir les suffrages de la moitié de l'hémicycle plus un pour remporter le vote de confiance, une formalité au vu de la majorité des sièges occupés au Parlement monocaméral par des partis de droite et d'extrême droite, des soutiens de la présidente Dina Boluarte.

"La confiance à Gustavo Adrianzén, président du Conseil des ministres, a été accordée", a déclaré Alejandro Soto, président du Parlement.

A l'issue du vote, M. Adrianzén a remercié le soutien qui lui a été accordé et "que nous (son gouvernement) avons reçu avec humilité".

Avocat de centre droit de 57 ans, M. Adrianzén a remplacé début mars Alberto Otarola, après la démission de ce dernier visé par une enquête pour trafic d'influence. Son gouvernement est le troisième en 16 mois.

La Constitution du Pérou prévoit que dans les trente jours suivant sa nomination, le Premier ministre se présente devant le Parlement pour exposer sa politique générale et demander un vote de confiance.

Dans un discours de près de deux heures, M. Adrianzén a dit vouloir "entreprendre les grandes tâches que le peuple péruvien attend", proposant "une administration aux mains propres, un gouvernement transparent pour faire face à la corruption et à l'inefficacité".

Ce vote intervient sur fond d'implication de Mme Boluarte dans plusieurs affaires, dont la dernière en date concerne des faits présumés d'enrichissement illicite liés à des montres Rolex qu'elle est soupçonnée ne pas avoir déclarées dans son patrimoine.

Son domicile, dans la banlieue de la capitale Lima, ainsi que son bureau présidentiel ont été perquisitionnés samedi dans le cadre de ce dossier. Aucune montre n'y a été découverte et le parquet l'a sommée de les apporter au cours d'une convocation devant la justice vendredi.

Mardi, le procureur général Juan Villena a annoncé que l'enquête portait désormais aussi sur des bijoux, dont un bracelet d'une valeur de 56.000 dollars, et des dépôts bancaires de quelque 270.000 dollars entre 2021 et 2022.

Le scandale, baptisé par la presse "Rolexgate", a éclaté le 15 mars, quand un site internet d'information a publié une série de photos montrant Mme Boluarte portant différentes montres de luxe alors qu'elle était au gouvernement entre 2021 et 2022.

- "Arène politique" -

Mme Boluarte, dont la cote de popularité ne dépasse pas les 10% dans les enquêtes d'opinion, a affirmé avoir les "mains propres" et ne posséder qu'une seule montre.

Dans la foulée des perquisitions, six des dix-huit ministres ont annoncé lundi leur démission du gouvernement. En pleine nuit, Mme Boluarte a fait prêter serment aux six nouveaux ministres nommés en remplacement des sortants.

En vertu de la Constitution, en cas de poursuites, la présidente du Pérou ne pourra être jugée avant juillet 2026, date de la fin de son mandat.

C'est donc dans "l'arène politique, au Parlement", que "va se décider si elle reste à la présidence" ou pas, souligne l'analyste Augusto Alvarez Rodrich.

L'opposition a présenté samedi une demande de destitution pour "incapacité morale permanente". La motion, déposée par Peru Libre, le parti de gauche auquel appartenait Mme Boluarte avant d'accéder à la présidence, est soutenue par trente parlementaires. Mais pour être débattue, elle doit recueillir les voix de plus de cinquante des cent-trente membres du Parlement.

Il s'agit de la troisième demande de destitution qu'introduit la gauche contre la cheffe de l'Etat. Aucune n'a encore été soumise à un débat parlementaire.

Dina Boluarte fait aussi l'objet d'une enquête pour "génocide, homicide aggravé et blessures graves" après la mort de plus de cinquante personnes pendant les deux mois de troubles sociaux qui ont accompagné son accession à la tête du Pérou.

Elle est devenue présidente après la destitution début décembre 2022 et l'arrestation du chef d'Etat de gauche Pedro Castillo, dont elle était la vice-présidente.

bur-sf/rr/mlb