Pérou: "Maintenant la guerre civile !", crient les manifestants

"Maintenant la guerre civile !", ont scandé des centaines de personnes qui ont marché dans Lima lundi alors que les manifestations contre la présidente Dina Boluarte, qui ont déjà fait 46 morts, ne faiblissent pas.

Dans l'après-midi, des centaines de manifestants, dont une grande partie venue des régions andines pauvres la semaine dernière, ont à nouveau battu le pavé dans le centre-ville, scandant "Dina meurtrière" ou "Dina le peuple te répudie".

La police a tiré des gaz lacrymogène pour disperser la foule, mais le cortège s'est reformé et poursuivait sa marche, encadré par les forces de l'ordre, a constaté un journaliste de l'AFP.

Certains brandissaient des drapeaux aux couleurs du Pérou, rouge et blanc, mais d'autres avaient remplacé le blanc par du noir, en signe de deuil.

Edmunda Canaguira, 60 ans, est venue de Sicuani dans la région de Cuzco la semaine dernière. "Nous avons besoin de toute urgence que Dina démissionne", dit-elle, vêtue de manière traditionnelle, avec un chapeau de paille et un châle bariolé aux couleurs andines.

- "Elle n'écoute pas" -

"Nous allons exiger jusqu'au dernier jour qu'elle démissionne. Elle n'écoute pas les gens. Nous sommes dans les rues depuis une semaine, sans nourriture, sans dormir".

Un grand rassemblement doit se tenir mardi, à l'appel de plusieurs partis et syndicats. Le secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Pérou (CGTP), Geronimo Lopez, a évoqué "une mobilisation nationale pacifique".

"Nous rejetons tout acte de violence et tout acte qui va à l'encontre des entités publiques ou privées. Ceux qui créent le chaos et la destruction sont des personnes infiltrées par le gouvernement", a-t-il affirmé.

Les manifestants demandent la démission de la présidente Dina Boluarte, la dissolution du Parlement et la constitution d'une Assemblée constituante.

Les manifestations "vont se poursuivre, et nous travaillons intensivement avec le ministre de la Défense", a reconnu dans la matinée le ministre de l'Intérieur Vicente Romero, alors que l'état d'urgence est en vigueur dans les régions clé du pays et que les mouvements de protestation y sont interdits.

Il a également estimé que le pays connaissait "l'un des niveaux de violences les plus élevés depuis les années 1980" et le conflit armé entre les autorités péruviennes et les guérillas révolutionnaires du Sentier lumineux et du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru.

Le ministre a une nouvelle fois dénoncé le "financement des manifestations" par "un groupe minoritaire" qui "ne montre pas son visage", déplorant les quelque 540 policiers blessés. Les autorités ont accusé à plusieurs reprises les manifestants d'être "manipulés" et financés par les trafiquants de drogue et/ou les exploitations minières illégales.

Se targuant du "professionnalisme" des forces de l'ordre, il a défendu les interventions policières alors que celles-ci sont critiquées par la société civile ou à l'étranger.

Dans la nuit de dimanche à lundi, les autorités ont libéré 192 des 193 personnes arrêtées samedi à l'université San Marcos, où elles étaient hébergées pour pouvoir participer aux manifestations.

- Machu Picchu fermé -

Plusieurs médias locaux et des voix de la société civile avaient dénoncé cette opération controversée menée par des policiers qui ont fait irruption sur le campus, y ont mené des fouilles musclées et forcé des protestataires à s'allonger face au sol.

Les troubles ont débuté le 7 décembre après la destitution et l'arrestation du président de gauche Pedro Castillo, accusé d'avoir tenté un coup d'Etat en voulant dissoudre le Parlement qui s'apprêtait à le chasser du pouvoir.

La crise est aussi le reflet de l'énorme fossé entre la capitale et les provinces pauvres qui soutenaient le président Castillo, d'origine amérindienne, et voyaient son élection comme une revanche sur ce qu'ils ressentent comme le mépris de Lima. Des milliers de protestataires venus des régions pauvres andines sont arrivés la semaine dernière pour manifester.

Lundi, 83 tronçons de route étaient encore bloqués par des manifestants dans huit des 25 régions du Pérou.

Dans la région d'Ica (environ 350 km au sud de Lima), des protestataires ont attaqué des domaines agricoles appartenant à de grandes sociétés exportatrices.

Les aéroports d'Arequipa et de Juliaca, dans le sud du pays, restaient fermés lundi, a indiqué leur opérateur, Aeropuertos Andinos del Peru. Tout comme le joyau touristique du Machu Picchu qui n'accueille plus de visiteurs depuis samedi.

"La citadelle est fermée jusqu'à ce que cette question (les protestations) soit résolue. La ligne de chemin de fer est interrompue, il n'y a aucun moyen pour les touristes de s'y rendre. Maintenant, nous ne faisons qu'assurer la maintenance et la conservation du patrimoine qui ne doit pas s'arrêter", a déclaré à l'AFP Zenobio Valencia, responsable du parc archéologique de Machu Picchu.

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