Pérou : le gouvernement négocie avec les salariés agricoles

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Le gouvernement péruvien a entamé un dialogue avec les représentants des salariés agricoles manifestant pour des hausses de salaire, deux jours après la mort de trois d’entre eux dans des heurts avec la police.

Après un mois de blocage, le gouvernement péruvien a ouvert, vendredi 2 janvier, le dialogue avec les représentants des salariés agricoles, qui ont manifesté et dressé des barrages pendant tout le mois de décembre, afin d'obtenir une hausse de leurs salaires.

À la fin de l'année, des centaines de travailleurs ont bloqué une importante route du nord du Pérou pour appuyer leurs revendications. Au cours d'affrontements entre manifestants et policiers, trois civils ont été tués. Après deux jours de barrages et de heurts, la route panaméricaine a été débloquée et elle reste surveillée par la police.

Le Conseil des ministres a annoncé, vendredi, sur Twitter qu'une "commission de dialogue" avait commencé ses travaux à Trujillo, une ville du nord-ouest du Pérou, chef-lieu de la région de La Libertad, à environ 500 kilomètres au nord de Lima.

Les ministres du Travail, du Développement agraire et du Commerce extérieur, ainsi le gouverneur de La Libertad, ont eu des discussions avec des représentants des salariés et des parlementaires locaux.

Vers une modification de la loi agraire

Après sept heures de discussions, les participants ont décidé d'élaborer dans un délai de 45 jours une modification de la loi agraire, adoptée mardi par le Parlement. Cette loi, qui a suscité la colère des travailleurs agricoles, a été officialisée par sa publication, jeudi, dans le journal officiel.

Le ministre du Travail, Javier Palacios, a annoncé que les discussions allaient se poursuivre pendant le week-end. "Nous appelons les représentants des travailleurs (agricoles) au niveau national à discuter de la modification" de la loi agraire, a-t-il dit.

L'ouverture d'un dialogue national avait été proposée jeudi par le président péruvien Francisco Sagasti pour sortir de l'enchaînement des manifestations et de la répression policière.

Francisco Sagasti avait implicitement reconnu que la loi agraire approuvée par le Parlement était un échec, car "elle ne satisfait aucune des parties impliquées".

Il avait donc annoncé la convocation de discussions "pour débattre de l'avenir du secteur de l'agriculture et de l'élevage et d'autres mesures".

Répression policière

La répression policière contre les barrages de la route Panaméricaine a provoqué la mort de trois civils, dont un mineur, selon les autorités.

Le ministère de la Santé a déclaré, vendredi, qu'en outre 36 policiers et neuf travailleurs avaient été blessés. D'autres sources avaient fait état, jeudi, de 28 blessés parmi les travailleurs et 15 parmi les forces de l'ordre. Lors des incidents, 45 travailleurs ont été arrêtés, selon les autorités.

Les manifestants réclamaient que les entreprises agricoles exportatrices augmentent leur salaire quotidien en le faisant passer de 11 à 18 dollars. Mais la loi adoptée prévoit un salaire quotidien de 48 soles, soit 13 dollars.

Lors de leur opération pour rétablir la circulation sur la route panaméricaine, des policiers ont fait usage de grenades lacrymogènes et de tirs de plombs de chasse, selon des images télévisées et diffusées sur des réseaux sociaux.

En réaction au décès de trois civils, le gouvernement a annoncé une enquête sur les opérations policières et le limogeage du chef de la police de la région de La Libertad, le général Angel Toledo.

Depuis que les protestations sociales des travailleurs agricoles ont commencé début décembre, cinq personnes au total sont mortes au cours des manifestations.

La crise agraire a marqué le début du mandat de Francisco Sagasti, devenu président du Pérou le 17 novembre, à l'issue d'une crise politique au cours de laquelle le pays a eu trois présidents en dix jours.

Avec AFP