Pérou: démission du président par intérim Manuel Merino

·3 min de lecture

C’est un tournant dans la crise politique au Pérou. Le président par intérim, Manuel Merino, vient de présenter sa démission. Depuis le début de la semaine, chaque jour, des manifestations avaient lieu pour demander son départ.

Avec notre correspondante à Lima, Wyloën Munhoz-Boillot

Manuel Merino a démissionné. Il l’a annoncé à la télévision péruvienne ce dimanche midi en précisant que ses ministres vont, eux, rester en poste jusqu’à ce qu’un nouveau président soit nommé.

Cette démission du président Manuel Merino, c’était évidemment l’annonce attendue par tous, c’est ce que réclamaient les manifestants depuis le début de la mobilisation et surtout depuis la mort samedi de deux jeunes manifestants sous les tirs des policiers à Lima. Depuis le début de la mobilisation populaire au Pérou, les manifestations sont violemment réprimées par les forces de l’ordre.

Différents organismes de défense des droits de l’homme ont dénoncé à plusieurs reprises ces violences. Mais ça n’a pas empêché le drame de samedi, deux morts et une centaine de blessés. Depuis hier soir, la démission du président Manuel Merino semblait donc inévitable et nécessaire.

L’annonce de son départ a été vécue comme un grand soulagement sur place. On a entendu des cris de joie, mêlés à des concerts de casseroles, des applaudissements. Certains ont entonné l’hymne nationale. Des feux d’artifice ont même été tirés. Bref, les Péruviens sont soulagés.

Il faut dire que la situation politique était devenue très instable ces dernières heures. Dimanche matin, les chefs de partis s’étaient réunis pour évaluer la situation. Ils s’étaient mis d’accord pour demander la démission de Manuel Merino. C’est désormais chose faite. Maintenant, il faut encore que les députés se mettent d’accord sur son remplaçant. Le Premier ministre a donc convoqué en urgence une session plénière au Parlement pour désigner le nouveau président péruvien.

La crise n’est pas terminée

Il reste encore à savoir qui sera le 4e président péruvien en trois ans. Un processus pas si simple.

Avec notre correspondant régional, Eric Samson

Au Pérou, le président ou présidente de la République est toujours élu avec deux vice-présidents. En cas de démission, de censure, de mort ou d’incapacité physique, le chef de l’Etat est alors remplacé par le premier vice-président. Si ce dernier est à son tour démissionnaire ou censuré, c’est le deuxième vice-président qui termine le mandat. Selon l’article 115 de la Constitution, le président du Congrès est 4e dans l’ordre de succession.

Elu en juillet 2016, Pedro Pablo Kuczynski a démissionné en mars 2018 et a été remplacé par son premier vice-président Martin Vizcarra. La deuxième vice-présidente Mercedes Araoz suivait dans l’ordre de succession. Problème, Araoz s’est opposée à la dissolution du Congrès décrétée par Vizcarra et a démissionné. Après la récente destitution de Vizcarra, il ne restait plus donc que le président du Congrès pour le remplacer.

Or Manuel Merino n’a pas tenu une semaine avant de démissionner à son tour. Pour de nombreux constitutionnalistes, la solution est aujourd’hui de censurer Manuel Merino pour que ce dernier redevienne simple député et non pas président du Congrès. Restera ensuite à élire à la tête de la chambre une personnalité de consensus acceptée de l’opinion publique pour terminer un mandat pour le moins chaotique.