Pérou: accusé de corruption, l'ex-président Martin Vizcarra ne doit pas quitter le pays

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Alors que la mobilisation populaire contre la destitution du président Martin Vizcarra s’intensifie au Pérou, le 13 novembre, la justice a interdit au président destitué, sous le coup d’une enquête pour des faits présumés de corruption, de quitter le territoire péruvien jusqu’en 2022.

Avec notre correspondante à Lima, Wyloën Munhoz-Boillot

Le 13 novembre, la justice péruvienne a ordonné l’interdiction pour Martin Vizcarra de sortir du pays pendant dix-huit mois. L’ex-président ne pourra donc pas quitter le territoire péruvien avant mai 2022. Cette décision fait suite à une demande du procureur anticorruption German Juarez, en charge de l’enquête préliminaire sur les pots-de-vin présumés qu’aurait reçu Martin Vizcarra lorsqu’il était gouverneur régional de Moquegua entre 2011 et 2014. La juge María Álvarez Camacho a estimé que le risque de fuite était avéré.

L’avocat de l’ancien chef de l’État a accepté cette décision tout en exprimant son désaccord, rappelant que son client avait déjà remis ses différents passeports aux autorités, signe qu’il n’avait pas l’intention de quitter le Pérou.

« Je ne vais pas quitter le pays »

Lors d’une déclaration à la presse, ce 13 novembre, Martin Vizcarra a d’ailleurs rappelé sa volonté de collaborer avec la justice. « Je ne vais pas quitter le pays. Je ne vais pas me réfugier dans une clinique, ni dans une ambassade, a-t-il affirmé. Je ne vais pas non plus m’éliminer ».

Une allusion claire à l’ex-président Alan García qui, lui, s’est suicidé l’année dernière quand un procureur est arrivé à son domicile avec un mandat d’arrêt pour les prétendues contributions qu’il aurait reçues de la société brésilienne Odebrecht.

Martin Vizcarra a nié à plusieurs reprises les faits présumés de corruption qui lui sont reprochés et qui lui ont valu d’être destitué le 9 novembre dernier par le Parlement. Une destitution « sans base légale », selon l’ancien chef de l’État, et qui a plongé le Pérou dans une grave crise politique.

Répression policière

Depuis le début de la semaine, des milliers de Péruviens défilent dans les rues contre la destitution du président Martin Vizcarra. Les organisations de défense des droits de l'Homme sont alarmées par la répression policière. Human Rights Watch appelle la police à garantir le droit des Péruviens à manifester pacifiquement et à la presse d'informer. Selon l'Association des journalistes du Pérou, 26 journalistes ont déjà été agressés alors qu'ils couvraient les événements.

« Parmi les 26 cas que nous avons enregistré, certains sont graves, explique Zuliana Lainez, la secrétaire générale de l'association. Un de nos collègues du média public a été touché par des plombs tirés par la police. Il a le tibia cassé. Il y a d'autres cas qui décrivent des tirs de bombes lacrymogènes au sol dans l'intention de les faire rebondir en direction de groupes de journalistes, qui font leur travail d'information ».

« Pendant les premiers jours, mercredi surtout, la police a aussi voulu arrêter des collègues, ajoute-t-elle. Ces arrestations ont été empêchées par la mobilisation d'autre journalistes qui ont fait bloc. Ils ont protesté contre ces arrestations policières. Les policiers qui interviennent lors de ces événement violent leur propre règlement. Ils ne s'identifient même pas alors qu'ils ont l'obligation d'être identifiés et ils violent les standards internationaux sur le comportement des forces de l'ordre lors d'une manifestation ».

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