«Zéro Covid»: malgré les critiques, l'État chinois s'accroche fermement à sa stratégie

En Chine, chaque personne contaminée est isolée, chaque cas contact est testé. Des quartiers sont confinés, des villes entières même, comme Shanghai. C'est la stratégie « zéro Covid ». Si les autorités continuent sur la même ligne, les critiques se multiplient. Le patron de l'OMS a dénoncé le 10 mai cette stratégie imposée à la population.

De notre bureau à Pékin, Stéphane Lagarde et Louise May

Le bilan des infections continue de baisser à Shanghai, mais cela n’empêche pas les confinés de s’inquiéter sur la suite d’un enfermement dont ils ne voient plus la fin. Les autorités sanitaires ont rapporté sept décès et 1 487 nouveaux cas de contaminations Covid-19 pour la journée du 10 mai, alors que les mesures de confinement viennent d’être durcies, après plus d’un mois de strict verrouillage de la ville.

Confiscation des clés et désinfection des habitations

Ce manque d’horizon est associé à une gestion épidémique qui, depuis le début de la résurgence Covid, souffle le chaud et le froid sur les habitants et les perspectives de réouverture des résidences. Ce qui a entrainé une avalanche de critiques du côté des décideurs économiques ainsi que des entreprises étrangères implantées dans le delta de la rivière des perles. Critiques également des universitaires et notamment des économistes et des juristes. Une vingtaine d’entre eux ont lancé dimanche un appel en ligne aussitôt censurée, critiquant une « prévention excessive des épidémies » qui viendrait contredire l’état de droit. Depuis, les autorités locales ont rectifié le tir, revenant partiellement sur deux mesures qui ont fait bouillir les réseaux sociaux. Des vidéos prises par des caméras de surveillance des particuliers envoyés en centre d’isolement collectif après s’être fait confisquer leurs clés ont montré des agents sanitaires en combinaisons PPE entrés dans les habitations avec des pulvérisateurs à désinfectant. Autre question sensible : « Faut-il confiner tout un bâtiment pour un seul cas positif ? » s’interrogeait hier les Nouvelles de Pékin. « La ville de Shanghai a publié une série de normes afin que les procédures sanitaires s’accordent mieux aux règles de droit, explique Tong Zhiwei, probablement dans ses petits souliers car faisant partie des signataires de l’appel en ligne. Je prends deux exemples d’améliorations, confie ce professeur de droits constitutionnel à l’Université des Sciences Politiques de Chine orientale à Shanghai joint ce matin par RFI. Avant, ils prenaient les clés pour désinfecter les maisons des gens en quarantaine, ils ne le feront plus. L’autre problème, poursuit l’enseignant, c'étaient les cas contacts. Un cas positif dans un bâtiment à un étage et tout le monde était emmené en centre collectif d’isolement. Là aussi, ça s’est amélioré avec des règles plus précises et adaptées au cas par cas. »

Tuer les statistiques en isolant les cas négatifs

Des règles plus précises qui éviteraient un « zéro Covid » spectre large, avec la terreur des gardes blancs qui arrivent chez vous à toute heure du jour et de la nuit et embarquent des immeubles entiers dans les centres d’isolements pour asymptomatiques. Cette mesure associée à des objectifs chiffrés par districts est destinée à faire descendre rapidement les cas d’infections hors zones contrôlées, estime Chang Che sur son compte Twitter.

Climat de terreur

Cela contribue aussi à « installer un climat de peur à Shanghai », indique encore l’écrivain et éditeur du site Supchina News. Ce qui correspond aussi à l’angoisse du moment, comme le montre cet échange téléphonique entre des Américaines et les autorités du centre de contrôle et de prévention des maladies diffusé sur les réseaux sociaux.

- « Il y a des risques dans votre immeuble, nous allons devoir tous vous emmener en hôtel de quarantaine », dit la responsable du CDC

- « Personne n’ira nulle part, répond l’une des résidentes américaines. Ni nous, ni nos voisins chinois ne veulent partir. Il n’y a pas de cas positif à notre étage. Nous resterons ici. Vous pouvez nous enfermer, on ne bougera pas ! »

- « Pourquoi ? », demande interloqué le personnel du CDC au téléphone

- « Parce qu’on ne veut pas attraper le Covid !, hurle une autre résidente. C’est dangereux et absurde de prendre le bus avec les enfants et d’aller dans des centres d’isolements qui sont contagieux. »

Séparations des familles

Autre point clé de la stratégie chinoise qui a été modifiée ces dernières semaines sous la pression des diplomates étrangers notamment, la question de la séparation des familles testées positives. « Dans le contexte de circulation du Covid-19 dans plusieurs provinces chinoises, le président de la République a exprimé la solidarité de la France et appelé les autorités chinoises à tenir compte des préoccupations de la communauté française », indique le communiqué du palais de l’Élysée publié après le long entretien téléphonique entre les présidents français et chinois mardi 10 mai. Emmanuel Macron a particulièrement insisté sur « le maintien de la connectivité aérienne vers la France, l’autorisation des déplacements vers les aéroports et la protection de l’intérêt supérieur des enfants en évitant, quelles que soient les circonstances, de les séparer de leurs parents ». Une mesure qui est appliquée depuis le début de la mise en place de la stratégie « zéro covid » et aujourd’hui officiellement annulée, car « insoutenable » comme le dit l’OMS, mais surtout inhumaine.

1,5 million de décès en cas d’abandon des mesures

Contestée à l’étranger comme à l’intérieur du pays, la stratégie antiépidémique est en revanche soutenue fermement par le pouvoir chinois, à commencer par le chef de l’État. Un appui officiel conforté par un article scientifique sino-américain publié dans la revue Nature Medicine. Selon des chercheurs de l’école de santé publique de l’Université Fudan à Shanghai et l’Université de l’Indiana aux États-Unis, et de l’agence américaine de recherche médicale du National Institut of health, la suppression soudaine des mesures de contrôle et de prévention du virus pourrait entraîner 1,5 millions de décès liés à la pneumonie virale. « À long terme, l'amélioration de la ventilation, le renforcement de la capacité de soins intensifs et le développement de nouveaux vaccins hautement efficaces avec une persistance immunitaire à long terme sont des priorités clés » pour sortir de cette stratégie, souligne l’étude.

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