«Un père à la plancha», le deuil sur le gril

Libération.fr

Premier roman de Samuel Poisson-Quinton

De même qu’un être humain ne se cuisine pas à la plancha, en théorie, un homme n’envoie pas pour son anniversaire un colis avec à l’intérieur «un millefeuille empoisonné à Nicolas Sarkozy», et un père ne pisse pas devant son fils sur le sol de la maison de famille sans vergogne. Un père à la plancha, premier livre de Samuel Poisson-Quinton, est un tourbillon d’expériences hétéroclites qui se bousculent au portillon, comme se bousculent les souvenirs dans la tête de ce fils qui vient de perdre son père. Ce dernier fut un «éminent psychiatre» avant de passer une partie de sa vie en hôpital psychiatrique, en tant que patient. Une infirmière téléphone pour annoncer le décès au fils, qui est en train d’arroser d’huile un steak, de l’aplatir pour en extraire le sang et d’ajouter des «bracelets d’oignons» dans les assiettes : «Tu ne peux pas, pas continuer, pas continuer à faire des burgers comme si de rien n’était», se dit-il. Mais le service bat son plein et le chef presse ses employés, dont le narrateur fait partie. Il lui revient de prévenir sa mère, séparée du père, et d’organiser les funérailles puisqu’il n’y a ni frère, ni sœur, ni personne à l’horizon : «Et si je m’en affranchissais ? Et si je ne répondais plus au téléphone ? Et si je me désintéressais du corps de mon père ? […] Après tout, les fils étaient-ils dans l’obligation d’enterrer leur père ?» Le livre ne se départit jamais de la précipitation qui l’imprègne dès la première phrase, entraînant sur son passage et dans son compte à rebours le rythme de l’écriture et les éclats des biographies du père et du fils, qui traversent l’esprit de ce dernier. Il court, il court, le narrateur, âgé de trente-six ans, mais aussi libre et fantaisiste que s’il était un jeune garçon. Un père à la plancha déborde d’un élan toujours relancé par des pas de côté.

Le narrateur se remémore les mots et les gestes de son père devenu insensé. Une puissance comique désespérante s’en dégage. Au (...)

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