Un pèlerinage juif vire à la tragédie, des rescapés du mont Meron témoignent

Daniella CHESLOW avec Alexandra VARDI à Tel-Aviv
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Yaara Chaimovich voulait montrer à ses enfants la "beauté" du Mont Meron, site d'un pèlerinage juif dans le nord d'Israël. Mais vendredi avant l'aube, la fête a viré au cauchemar lorsqu'une bousculade a coûté la vie à plus de 40 personnes.

"Les gens étaient entassés", raconte Yaara Chaimovich, 44 ans, encore sous le choc de la nuit tragique lors de laquelle des dizaines de milliers de personnes célébraient, dans la joie et la danse, la fête de Lag Baomer, qui commémore le souvenir de la fin d'une épidémie dévastatrice il y a plusieurs siècles.

La presse locale a fait état de près de 100.000 participants --chiffre qui n'a pu être vérifié-- à cette célébration annuelle, le plus grand événement public dans le pays depuis le début de la pandémie de Covid-19. Environ 5.000 policiers assuraient la sécurité de l'évènement.

"C'est une sorte de Woodstock (...) Quelqu'un dit une prière et les autres répondent", souligne Mme Chaimovich, mère de six enfants, en référence au célèbre festival de rock américain.

Mais alors qu'elle poussait devant elle sa fille Rivka, cinq ans, Yaara Chaimovich a vu une nuée de gens dévaler en sens inverse. La foule compacte a englouti sa fille de 11 ans, Leah. "C'était tellement stressant."

Elle a reconduit Rivka à la tente où la famille devait passer la nuit, près du site sacré. Et son mari est retourné dans la foule à la recherche de Leah qu'il a finalement retrouvée avec des contusions au bras à un poste de secours.

- "Marée humaine" -

Mais des dizaines d'autres personnes, dont des enfants, n'ont pas eu cette chance. Elles sont mortes écrasées par la foule après s'être retrouvées coincées dans un passage étroit près du tombeau présumé de Rabbi Shimon Bar Yochaï, un talmudiste du IIe siècle de l'ère chrétienne.

Dans l'après-midi, les rues autour du site étaient jonchées de bouteilles et papiers d'emballage vides, de clés et de livres de prière. Des haut-parleurs donnaient de temps à autre des nouvelles de personnes encore perdues attendant que leurs proches viennent les chercher.

Des policiers étaient déployés en force sur les lieux, où sont arrivés plusieurs responsables, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

"La catastrophe du mont Meron est l'une des plus graves qui aient frappé l'Etat d'Israël", a dit M. Netanyahu promettant une "enquête exhaustive" sur la tragédie dont les causes n'ont pas encore été clairement établies.

Moshe Shapiro, 19 ans, un habitué du pèlerinage, tombé en "amour" dans son enfance avec le Mont Meron, adossé à la frontière du Liban, raconte avoir vu des milliers de personnes arriver jeudi soir en même temps pour voir l'énorme feu de joie, moment clé des célébrations.

Dès le feu allumé, "une marée humaine s'est dirigée d'un coup dans la même direction", souffle le jeune homme qui s'est enfui sur le champ en prenant une autre direction.

"La police est arrivée (...) et a décidé de fermer" la rampe de sortie d'un des bûchers entouré par beaucoup de gens, a raconté à l'AFP Shmuel, un autre témoin du drame âgé de 18 ans.

"Davantage de gens sont arrivés, de plus en plus, de l'intérieur et des côtés. La police ne les laissait pas sortir donc ils ont commencé à être serrés les uns contre les autres, puis à s'écraser."

"Il y avait un couloir étroit et un escalier d'environ 4 mètres -soit environ 15 ou 20 marches. Cet espace doit pouvoir contenir 50 personnes, mais quand j'y étais il y avait au moins 300 personnes", a dit Gil Alon, 47 ans, un rescapé transporté à l'hôpital Rambam, à Haïfa, selon une vidéo diffusée par l'établissement.

- "J'ai prié Dieu" -

"Je n'oublierai jamais. J'étais sur les épaules d'un homme et il y avait un homme sur mes épaules. Nous avons tous les trois survécu car nous nous sommes maintenus les uns les autres", pour ne pas perdre pied, a-t-il ajouté.

Les corps de victimes ont été transportés à l'Institut médico-légal Abou Kabir de Tel-Aviv.

Yael Freund, 58 ans de Bnei Brak, localité ultra-orthodoxe située en périphérie, s'est rendu dans cet institut pour soutenir des familles qui n'ont plus de nouvelles de leurs proches et s'agglutinent devant l'établissement.

Au pèlerinage, les "gens perdaient connaissance", a-t-elle indiqué à l'AFP.

"C'était clair qu'un désastre allait arriver. J'ai voulu demander à la police: pourquoi n'arrêtez-vous pas les gens d'affluer? Et j'ai prié Dieu en lui demandant: +fais en sorte qu'il n'y ait pas de désastre+".

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