Pour ouvrir, cette station de ski réutilise la neige de l'an dernier

ENVIRONNEMENT - Après un été bouillant, la neige a enfin saupoudré les Alpes. Mais la petite station savoyarde de Bessans lance sa saison de ski nordique ce weekend en proposant... de la neige de l’an dernier, issue du « snowfarming », une technique de conservation scandinave, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article.

« Oooh la neige ! » Jeanne Richard, 20 ans, vient de chausser ses skis et d’effectuer tout en souplesse un premier tour sur la petite piste de ski de fond de 3 kilomètres créée de toutes pièces cette semaine par des dameuses à partir d’un immense tas de neige de 13.000 mètres cubes conservé avec amour tout l’été à proximité.

Priorité aux professionnels

À peine ouverte officiellement tôt samedi, la mini-piste a vu affluer une centaine de patineurs, dont des espoirs du haut niveau français et polonais, ravis de pouvoir enfin remiser au placard les skis à roues utilisés en été. Enivrés par le bon air vif d’altitude, ils filent à toute vitesse sur l’épais ruban blanc déployé au milieu de champs encore bien verts malgré la fine couche blanche tombée la veille sur les massifs.

Fondeurs et biathlètes de haut niveau sont les principaux bénéficiaires de cette ouverture précoce, la première pour une station nordique en France cette année (hors sites sur glaciers), même si le grand public y a également accès l’après-midi.

« Ce n’est pas de la bonne neige fraîche qui vient de tomber la veille, mais ce n’est pas du tout gênant, on s’adapte. Et puis on est tellement heureux de pouvoir skier début novembre ! », explique Jeanne Richard, membre de l’équipe de France B de biathlon, avant d’aller s’allonger au sol pour tirer à la carabine, sous l’oeil attentif de sa coach.

Qu’est-ce que le « snowfarming » ?

C’est la cinquième année consécutive que Bessans, petite commune de Maurienne à 1.700 mètres d’altitude, a recours au snowfarming, technique consistant à conserver de la neige de l’hiver précédent (naturelle et artificielle mêlées) sous une épaisse couche de sciure, un « sarcophage » qui limite sa fonte.

Le site choisi, orienté plein nord et à l’ombre d’une montagne, bénéficie d’un microclimat très froid, et le tas de neige a été bichonné tout l’été au râteau pour « éviter toute crevasse et infiltration de chaleur », relate Laurent Vidal, directeur de la station. Au final, seul 17% du stock a été perdu cet été malgré la canicule, selon lui.

Le moment venu, la sciure est retirée et stockée en un tas distinct en attendant d’être réutilisée l’année prochaine, et la neige transportée par camions puis étalée en une piste glacée très compacte autour du stade de biathlon, au pied de hautes montagnes couvertes de mélèzes dégarnis.

Cette technique de soudure en attendant la première « vraie » neige hivernale n’est utilisée que par une poignée de stations en France mais davantage à l’étranger où les stocks d’or blanc sont même parfois réfrigérés artificiellement.

Ouvrir ou ne pas ouvrir ?

Même si cette neige n’est utilisée que sur quelques-uns des 120 km de pistes de la station, elle apporte, pour un coût estimé à 50.000 euros tout compris, une vraie « plus-value pour le dynamisme » de Bessans, souligne le maire Jérémy Tracq.

La démarche « ne fait pas forcément l’unanimité » en ces temps de crise climatique, reconnaît-il. Mais les critiques relèvent parfois de « discussions de comptoir » et la municipalité est « sensible aux problématiques » environnementales, assure-t-il.

Bessans, comme nombre d’autres domaines skiables, a désormais recours à l’outil de projection Climsnow qui les aide à s’adapter et à investir en fonction des prévisions d’enneigement à long terme : ses résultats, tombés il y a quelques semaines, ont rassuré ses dirigeants.

Quant à la décision finale d’ouvrir la station dès samedi, elle n’a été prise que lundi après avoir été « mûrement réfléchie » avec l’aide de prévisionnistes spécialisés. « Si la météo était restée sur de la douceur, on aurait pris la décision de reporter l’ouverture », explique le maire.

Il s’agit « d’une ouverture de saison, pas d’un coup de communication », insiste-t-il. « Cette neige qu’on a stockée est précieuse et notre responsabilité est de ne pas en faire n’importe quoi ».

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