Les ouvriers de Detroit sont-ils trop bien payés ?

Soixante-treize dollars de l’heure [54,70 euros]. Ce chiffre, seriné par la télévision et par les journaux, est censé correspondre à la paie moyenne d’un ouvrier de l’automobile, et il est devenu le grand symbole de la bataille qui se livre quant au devenir de Detroit. Pour les détracteurs des Big Three [les Trois Grands : Ford, General Motors (GM) et Chrysler], il résume parfaitement tout ce qui va de travers chez les mammouths de l’automobile et leur personnel trop gâté. “C’est de la foutaise, cette histoire des 73 dollars de l’heure”, s’indigne le sénateur démocrate de Pennsylvanie Bob Casey. “C’est un mensonge éhonté. Je pense que certains l’ont proféré délibérément, de manière calculée, dans le but de tromper le peuple américain.”
Où réside donc la vérité ? Les partisans de Detroit ont raison de dire que ce chiffre est intrinsèquement faux. Les employés des Big Three sont loin de gagner 73 dollars par heure (ce qui donnerait environ 150 000 dollars par an [plus de 112 000 euros]). Mais ils ont tort de laisser entendre, comme beaucoup l’ont fait, que Detroit a résolu le problème des salaires. Les ouvriers de GM, de Ford et de Chrysler sont bien mieux lotis que leurs collègues des usines Toyota, Honda et Nissan dans ce pays. Et les concessions faites l’année dernière par le syndicat United Automobile Workers (UAW), qui s’appliquent principalement aux nouvelles embauches, ne changeront pas cette situation de sitôt.
Pourtant, le principal mal dont souffre Detroit ne tient pas à cet écart de salaires, tant s’en faut. Et c’est bien dommage, car combler ce fossé serait assez simple. Le vrai problème, bien plus difficile à résoudre, c’est que les voitures fabriquées à Detroit ne séduisent pas les consommateurs.
Commençons par les chiffres. Celui du salaire horaire de 73 dollars vient des constructeurs eux-mêmes. Dans le cadre de leur stratégie de communication, lorsqu’elles négociaient avec les syndicats, les entreprises ont publié divers tableaux et rapports détaillant les rémunérations. Ceux-ci montrent assez précisément que, pour chaque heure travaillée par un salarié syndiqué, chacun des Big Three dépense effectivement 73 dollars environ. Ce chiffre n’est donc pas une pure invention. Mais il combine trois éléments très différents.
Le premier concerne l’argent effectivement versé – ce qu’évoque pour la plupart des gens le terme “rémunération”. Il comprend le salaire, les heures supplémentaires et les congés payés, et représente environ 40 dollars. (Les chiffres varient légèrement selon l’entreprise et l’année, c’est pourquoi on arrive parfois à 70 ou 77 dollars, et non pas à 73.)
Le second élément comprend les avantages sociaux tels qu’assurance-maladie et assurance-retraite [cette dernière étant gérée par un fonds d’entreprise]. Chez les constructeurs américains, ils tournent autour de 15 dollars par heure.
Si l’on fait l’addition de ces deux éléments, on obtient la rémunération horaire réelle d’un salarié syndiqué de Detroit, c’est-à-dire 55 dollars. C’est un peu plus du double du salaire moyen, avantages sociaux compris, aux Etats-Unis. Mais il est plus pertinent de comparer ce chiffre à ce que touchent les travailleurs (non syndiqués) de Honda ou de Toyota, soit à peu près 45 dollars par heure, la différence s’expliquant surtout par des avantages sociaux moins généreux.

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