Ouverture à New York du procès d'Harvey Weinstein

OUVERTURE À NEW YORK DU PROCÈS D'HARVEY WEINSTEIN

NEW YORK (Reuters) - Le procès de Harvey Weinstein s'est ouvert lundi à Manhattan où l'ancien producteur de cinéma doit répondre des accusations de viols formulées par deux femmes et pour lesquelles il encourt la prison à perpétuité.

Longtemps considéré comme l'un des producteurs les plus influents d'Hollywood, Harvey Weinstein, 67 ans, a décidé de plaider non coupable des chefs d'inculpation retenus contre lui, y compris ceux de viol et d'agression sexuelle.

Sa première accusatrice, l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi, accuse Weinstein d'avoir abusé d'elle en 2006. L'autre accusatrice, dont le nom n'a pas été rendu public, l'accuse de viol en 2013.

L'ancien "mogul", souffrant du dos depuis un accident de voiture en août dernier, est arrivé au tribunal en poussant un déambulateur, vêtu d'un costume sombre. L'un des membres de son équipe de défense le soutenait par l'avant-bas et son avocate, Donna Rotunno, le suivait de près.

Plus de 80 femmes, le plus souvent de jeunes actrices ou autres employées de l'industrie du cinéma, ont accusé Harvey Weinstein d'abus sexuels, commis sur une période de plusieurs dizaines d'années. Cette affaire a contribué à lancer le mouvement #MeToo, dans le cadre duquel plusieurs centaines de femmes ont publiquement accusé des personnalités masculines du monde du spectacle, de la politique ou d'autres domaines d'abus sexuels à leur encontre.

Harvey Weinstein réfute l'ensemble des accusations portées contre lui et affirme n'avoir eu que des relations sexuelles consenties.

Selon le porte-parole de Cyrus Vance, procureur du district de Manhattan, l'audience préparatoire de ce lundi sera suivie, mardi, par le processus de sélection des jurés.


LE SÉISME #METOO

"En premier lieu, ce procès est important pour les dizaines de femmes qui ont été sexuellement agressées ou harcelées par Harvey Weinstein", a souligné Tina Tchen, présidente de la fondation Time's Up, créé dans la foulée du déclenchement, en octobre 2017, de l'affaire Weinstein.

A cette époque, plusieurs articles publiés dans le New York Times et le New Yorker ont déclenché un séisme dans l'industrie cinématographique, aux Etats-Unis comme ailleurs.

Dans les jours qui ont suivi, l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, chargée de décerner les Oscars, évinçait le producteur et l'actrice Alyssa Milano révélait sur Twitter avoir subi une agression sexuelle à son adolescence et incitait toutes les autres victimes à se manifester en utilisant le mot-dièse #MeToo.

#MeToo est rapidement devenu l'un des mots-dièse les plus utilisés sur internet et il a obtenu en 2019 42 milliards de vues, selon des données compilées par le cabinet de recherche Brandwatch.

Plusieurs spécialistes judiciaires ont prévenu que le processus de sélection des jurés s'annonçait ardu, que ce soit pour l'accusation et pour la défense, et que les citoyens chargés de se prononcer sur la culpabilité d'Harvey Weinstein pouvaient s'attendre à subir de redoutables interrogatoires sur leur connaissance du dossier, sur leurs parcours professionnel et personnel.

Dans l'hypothèse où Harvey Weinstein était acquitté à l'issue du procès qui s'ouvre ce lundi, il ne serait pas pour autant sorti d'affaire, d'autres poursuites ayant déjà été lancées à son encontre, aux Etats-Unis comme ailleurs.

Sur le territoire américain, 29 femmes, au moins, ont saisi la justice et il est également visé par plusieurs procédures au Canada et en Europe.


(Tom Hals et Brendan Pierson, version française Nicolas Delame, édité par Jean-Stéphane Brosse)