Dans "Ouistreham", ce n'est pas Juliette Binoche qui mérite notre attention

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CANNES - “Rendre visibles les invisibles”: c’est l’objectif du personnage de Marianne Winckler (Juliette Binoche), écrivaine reconnue qui entreprend d’écrire un livre sur le chômage et la précarité en France. Mais c’est aussi le leitmotiv de ce film “Ouistreham”, réalisé par Emmanuel Carrère et librement adapté de l’ouvrage de la journaliste Florence Aubenas paru en 2010.

Marianne, comme l’avait fait la journaliste et écrivaine pendant de longs mois pour écrire son livre, s’installe dans un studio à Caen en Normandie et se glisse dans la peau d’une femme sans formation ni expérience professionnelle à la recherche d’un emploi.

Elle décroche quelques heures de ménage dans un camping puis à bord des ferries qui font la liaison entre Ouistreham et Portsmouth, où il faut nettoyer une cabine en moins de 4 minutes et faire 60 lits en moins d′1h30 - le temps d’arrêt des ferries au port.

Confrontée à la dureté des conditions physiques que requiert cette profession et à sa fragilité économique, Marianne découvre aussi l’entraide et la solidarité qui unissent ces travailleurs et surtout ces travailleuses de l’ombre. Et si Juliette Binoche incarne avec beaucoup de justesse ce personnage, c’est sur ceux qui l’entourent qu’on mérite de s’attarder.

Agent d’entretien ou travailleur du bâtiment à Caen

Connectée en visio depuis le Mississipi lors de la cérémonie d’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes ce mercredi 7 juillet, l’actrice s’est presque réjouie du symbole de son absence: “En quelque sorte, c’est une bonne idée. Car les invisibles seront visibles ce soir.” Ces invisibles, ce sont Evelyne Porée, Hélène Lambert, Léa Carne, Didier Pupin ou encore Emily Madeleine, réunis en tenues de soirée autour du réalisateur Emmanuel Carrère sur la scène du Théâtre Croisette. Tous acteurs non professionnels, ils incarnent peu ou prou leur propre rôle dans “Ouistreham”.

“Depuis le début, il était établi que face à Juliette Binoche, nous ne prendrions que des non-professionnels”, indique Emmanuel Carrère dans un entretien à la revue Positif. À Caen, le réalisateur a fait connaissance avec deux des “personnages” du livre de Florence Aubenas qui ont accepté de jouer pour son film (Nadège/Evelyne Porée, la contremaître du ferry, et Justine/Emily Madeline, qui fête son pot de départ) et rencontré ceux qui allaient devenir ses acteurs au fil de longs moments de casting.

Hélène Lambert, qui incarne Christèle à l’écran, est agent d’entretien dans les écoles et les entreprises - “pour un salaire de merde”, dit-elle à Libération, quand Didier Pupin est travailleur du bâtiment par exemple.

Pendant six mois avant que le tournage ne démarre, le groupe a appris à se connaître lors d’ateliers “sans enjeu, filmés avec une petite caméra”, organisés tous les quinze jours à Caen. “Nous avons créé une sorte d’effet de troupe”, explique Emmanuel Carrère. “C’est ainsi que nous sommes arrivés en douceur au tournage.”

Juliette Binoche entourée des actrices de
Juliette Binoche entourée des actrices de

“Faire évoluer la réalité”

Et si sur le tournage, “les filles attendaient quand même Juliette Binoche, la star de Paris, avec des escopettes”, se souvient le cinéaste, “elle les a très vite conquises, tout est devenu naturel et amical. L’énorme apport de Juliette Binoche a été d’accepter de jouer à égalité avec les autres. Je m’attendais à ce qu’elle soit une extraordinaire comédienne, mais j’ai été surpris qu’elle soit si humble et généreuse…” Hélène Lambert confirme: “Elle a nous a pris comme on était, elle s’est mis à notre niveau et on a beaucoup appris grâce à elle.”

Ceux qui avaient adoré le livre-enquête de Florence Aubenas regretteront néanmoins sans doute la part de fiction - totalement assumée par Emmanuel Carrère qui ne voulait pas en faire un documentaire - qui ajoute du romanesque et ses ”états d’âme” dans le quotidien de ces travailleurs de l’ombre.

Longtemps réticente à voir son livre adapté au cinéma, Florence Aubenas avait fini par donner sa bénédiction à Juliette Binoche et Emmanuel Carrère sans s’impliquer davantage dans le projet. Et on ne saura pas ce qu’elle pense du résultat. “Il a presque fallu la traîner pour lui montrer le film”, sourit le réalisateur.

Mais les “invisibles” l’assurent: ce que le film montre du quotidien des agents d’entretien et des cadences infernales auxquelles ils sont soumis, “c’est la stricte vérité”. Leur reste désormais cet espoir: “On a été prises pour de la merde, vous savez. J’espère que ce film fera évoluer encore la réalité.” “Ouistreham” sortira au cinéma le 12 janvier 2022.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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