Ouïghours : pourquoi LFI n'a pas voté la reconnaissance du génocide ?

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Clementine Autain à l'Assemblée nationale, photo d'illustration (MARTIN BUREAU / AFP) (AFP)

À la quasi-unanimité, l’Assemblée nationale a officiellement reconnu le caractère génocidaire des violences commises par la Chine contre les Ouïghours. Le groupe LFI s'est abstenu, suscitant une large incompréhension.

Une abstention qui fait parler. Les députés ont adopté ce jeudi 20 janvier la proposition de résolution "portant sur la reconnaissance et la condamnation du caractère génocidaire des violences politiques systématiques ainsi que des crimes contre l’humanité actuellement perpétrés par la Chine à l’égard des Ouïghours".

Objectif du texte, voté par 169 voix pour, 1 contre, et 5 abstentions, mettre la pression sur l'Élysée sur la question des Ouïghours, minorité musulmane de Chine dont les membres sont enfermés et parfois tués dans des camps et surveillés par les autorités chinoises.

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Un texte voté à quelques semaines des JO en Chine

Un texte essentiellement symbolique à une quinzaine de jours du début des Jeux Olympiques d'hiver qui auront lieu à Pékin, et qui feront l'objet d'un boycott diplomatique de plusieurs pays dont les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et le Royaume-Uni, qui n'enverront pas de représentant politique. Les sportifs seront en revanche présents.

Si les députés ont largement voté en faveur de cette résolution, l'abstention du groupe Insoumis présent dans l'hémicycle (Clémentine Autain, Mathilde Panot, Danièle Obono et Ugo Bernalicis, ainsi que du député communiste Jean-Paul Lecoq) a étonné, d'autant qu'ils sont souvent présents lors des manifestations de soutien aux Ouïghours.

Le terme "génocide" au cœur des débats

Devant l'Assemblée, Clémentine Autain a affirmé sa solidarité avec le peuple Ouïghour et dénoncé le régime chinois. Pour autant, elle conteste l'emploie du mot génocide, présent dans le texte voté par l'Assemblée C'est ce terme, a priori anodin pour le grand public, qui est au cœur de cette abstention.

"La résolution inscrit dans le marbre le mot de génocide. (...) les grandes ONG humanitaires parlent de crime contre l'humanité et non de génocide. L'Onu ne reconnait que 3 génocides (...). Le mot de génocide n'est donc pas synonyme de crime contre l'humanité même si je sais que dans notre imaginaire, il peut l'être. Il s'agit d'une résolution qui engage la parole de la France, et les mots doivent être pesés avec justesse et précision", explique à la tribune Clémentine Autain.

"Il existe un risque, une dynamique génocidaire"

"Utiliser ou non le mot de génocide est une question juridique et politique. Le génocide, c'est l'intention revendiquée affirmée systématique d'exterminer tout ou partie d'un peuple, et aujourd'hui je ne sais pas si nous pouvons qualifier les termes effroyables perpétrés contre les Ouighours avec le terme qui qualifie ce qu'ont subi les Arméniens, les Juifs, les Tutsis (ndlr : qui sont les trois génocides reconnus par l'ONU)", poursuit elle.

"Ce dont je suis convaincu c'est qu'il existe un risque, une dynamique génocidaire, et ces termes aurait permis un consensus plus large (...) Si génocide il y a, comment peut on envoyer une délégation aux JO à Pékin diplomatique nouer des partenariats commerciaux et même entretenir des relations diplomatiques avec la Chine", feint enfin d'interroger la députée.

Le gouvernement n'emploie pas le terme de "génocide"

Un terme de génocide qui ennuie également le gouvernement. Si la majorité LREM a voté la résolution, Au nom du gouvernement, le ministre chargé du Commerce extérieur Franck Riester a évoqué des “violences systématiques” et des “témoignages accablants”, mais fait valoir que la qualification formelle de génocide relevait d’instances internationales, pas du gouvernement.

En juillet 2020, Emmanuel Macron avait “condamné avec la plus grande fermeté” les exactions commises par la Chine sur les Ouïghours. Quelques mois plus tard, en février 2021, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dénonçait un “système de répression institutionnalisé”, prenant garde à ne pas utiliser le mot "génocide".

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