Ouïghours: la Chine réplique aux sanctions de l'UE contre quatre responsables chinois

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Pour la première fois depuis 1989, l’Union européenne a décidé ce lundi 22 mars des sanctions à l’encontre de quatre responsables chinois accusés d’avoir participé à la répression de la minorité ouïghoure. La Chine a répliqué immédiatement en annonçant des contre-mesures visant dix parlementaires, universitaires et fonctionnaires de l’Union européenne.

Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Œil pour œil dent pour dent, la Chine applique la loi du talion aux Européens comme elle l’a fait lorsqu’elle a répondu aux sanctions américaines ces derniers mois. Ces contre-mesures visent des personnalités régulièrement qualifiées « d’anti-chinoises » par le régime communiste, autrement dit des parlementaires ou des universitaires qui ont dénoncé les violations des droits de l’homme au Xinjiang ou pris la défense des Hongkongais et du gouvernement taïwanais.

Pour le Global Times, il s’agit là d’un avertissement : « l’Union européenne aurait dû tirer une leçon des échanges musclés entre Américains et Chinois en Alaska et savoir comment l’on traite la Chine. Si Pékin n’a pas peur de Washington, ne parlons pas de Bruxelles qui est beaucoup plus faible », a écrit ce lundi le journal, filiale du Quotidien du Peuple, ajoutant que la Chine pouvait à ce sujet apprendre de la Russie. Une forme de clin d’œil au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en visite dans le pays.

Concrètement, ces sanctions interdisent aux personnes concernées et leurs familles d’entrer en Chine continentale, à Hong Kong et Macao. Individus et institutions ne pourront plus faire d’affaires avec la Chine, a encore précisé le porte-parole de la diplomatie chinoise.

Un geste à la portée mesurée vu les personnes concernées. « Geler mes avoirs en Chine la belle affaire », ironise l’un deux, quand un autre plaisante : « Si on ne peut plus aller en Chine, il reste Taïwan ».

Des sanctions suivies par le Royaume-Uni et les États-Unis

Un peu plus tôt, les États-Unis ont, eux aussi, annoncé des sanctions contre deux responsables chinois, pour leur rôle dans les « graves violations des droits humains » à l'encontre de la minorité musulmane ouïghoure de la région autonome chinoise du Xinjiang. « Les autorités chinoises continueront de subir des conséquences tant que des atrocités ont lieu au Xinjiang », a prévenu dans un communiqué la responsable du secrétariat au Trésor qui supervise les programmes de sanctions.

Le Royaume-Uni a lui aussi décidé de prendre des mesures en s'alignant sur celles de l'Union européenne. Londres a sanctionné quatre responsables chinois en concertation avec les mesures prises par l'UE, les États-Unis et le Canada. Le ministre britannique des Affaires étrangères, avertissant Pékin que la communauté internationale ne « fermerait pas les yeux » sur des « violations aussi graves que systématiques ».

De son côté, le ministère français des Affaires étrangères a indiqué qu'il convoquait également l'ambassadeur de Chine pour protester contre la décision de Pékin d'imposer des sanctions contre plusieurs Européens, dont des parlementaires tant européens que français nationaux, dont l'eurodéputé français Raphaël Glucksmann. Paris a jugé « inacceptable » la décision de Pékin.

Paris a également dénoncé par la voix de son ministère des Affaires étrangères les « propos inacceptables » de l'ambassade de Chine envers un chercheur et des parlementaires français. « Les insultes contre des chercheurs indépendants et la polémique avec des élus de la République sont inadmissibles et n'ont aucune place dans les relations que l'ambassade de Chine est chargée de contribuer à développer entre la France et la Chine ». L'ambassadeur de Chine a été convoqué.