Ouïghours: la Chine interne des enfants dans des «camps pour orphelins», dénonce Amnesty

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Un nouveau rapport d'Amnesty International dénonce les violations subies par des familles ouïghoures exilées et séparées de leurs enfants restés au Xinjiang. L'ONG a recueilli les témoignages de six familles ouïghoures qui ont fui en Australie, au Canada, en Italie, aux Pays-Bas et en Turquie. Toutes racontent la souffrance de la séparation de leurs enfants, parfois âgés d'à peine cinq ans et internés dans des « camps pour orphelins ».

Dans un nouveau rapport publié ce 18 mars, l'ONG Amnesty International appelle la Chine à relâcher tous les enfants ouïghours retenus dans des orphelinats publics sans l'accord de leur famille. En raison des difficultés pour les humanitaires à accéder à la région du Xinjiang, Amnesty n'a pu entrer en contact qu'avec des membres de la communauté ouïghoure forcés de laisser la garde de leurs enfants à leurs proches après avoir fui le pays lorsque la répression a commencé à s'intensifier contre cette minorité turcophone et musulmane à partir de 2017.

L'ONG évoque ainsi le cas de Mihriban Kader et Ablikim Memtinin, obligés de fuir en Italie en 2016 pour échapper au harcèlement policier. Ils ont laissé leurs quatre enfants à leurs parents, mais la grand-mère a été envoyée dans un camp de détention tandis que son époux était interrogé par la police. « Nos autres proches n'ont pas osé s'occuper de nos enfants après ce qui était arrivé à mes parents, raconte Mirhiban Kader dans un témoignage repris sur le site de la BBC. Ils avaient peur d'être envoyés dans des camps à leur tour ». En novembre 2019, elle a reçu avec son époux une autorisation du gouvernement italien pour que leurs enfants les rejoignent, mais ces derniers ont été récupérés par la police en chemin et envoyés dans un orphelinat.

« Obliger la Chine à sortir du déni »

Il s'agit d'une atteinte inadmissible aux droits des enfants, souligne Cécile Coudriou, présidente d'Amnesty International France au micro de RFI. « Les parents se trouvent pris dans un dilemme absolument terrible, exilés parce que victimes de persécution au Xinjiang en tant que Ouïghours, déplore-t-elle. Ils avaient confié leurs enfants à de la famille, mais malheureusement, ces parents-là sont également en centre de détention. Les enfants devraient pouvoir les rejoindre. Or, ce n'est pas le cas ».

« Ce que ce rapport met en lumière, c'est un type particulier de violation des droits humains qui consiste à empêcher volontairement des familles d'être réunies, ce qui est contraire à la Convention internationale des droits de l'enfant, poursuit Cécile Coudriou. Ils sont envoyés de force dans des orphelinats qui sont là encore des camps de rééducation où l'on cherche à leur faire oublier leur culture ouïghoure. Toutes les conditions sont réunies pour que la communauté internationale hausse le ton contre la Chine et l'oblige à sortir de cette stratégie de déni. Cette violation supplémentaire que nous mettons en lumière dans notre rapport concernant les enfants est inacceptable donc il faut à tout prix que la communauté internationale fasse une pression maximale sur la Chine pour laisser une enquête impartiale et indépendante se faire dans ce pays. »

Selon une étude publiée aux États-Unis en décembre dernier, plus de 500 000 personnes issues des minorités ethniques chinoises, dont des Ouïghours, seraient employées de force dans les champs de coton, et plus d'un million sont enfermées dans des camps de redressement. La Chine nie ces accusations et évoque de son côté des camps « de rééducation » destinés à combattre le terrorisme.

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