Orages, pluies, fraîcheur : mais où est passé l'été ?

La Chaîne Météo : Cette première semaine de juillet a été la plus fraîche depuis 2007 * et les gouttes froides se succèdent avec une régularité de métronome depuis le printemps. Les vacanciers guettent chaque jour la météo en espérant l'arrivée de l'été. Est-ce une situation particulièrement atypique cette année ?

Cyril Bonnefoy : Il est vrai que cette période humide et instable peut paraître assez longue selon la région où vous habitez, surtout après le printemps le plus pluvieux depuis 2008 que nous avons connu. La configuration météo dans laquelle nous sommes est bloquée depuis plusieurs semaines, c'est en effet une situation assez atypique, mais loin d'être exceptionnelle, si l'on regarde par exemple les chiffres liés aux orages.

Rappelons que les mois de juillet les plus orageux que nous ayons connu ces dernières années avaient enregistré plus de 173 000 impacts en 2018 et près de 90 000 en 2019, daprès les données Météorage. Ce 9 juillet 2024, même si nous ne sommes qu'au début du mois, le total s'élève seulement à 4 865 impacts. Nous sommes encore loin de 2018 ou 2019, et il faudrait encore d'importantes dégradations orageuses pour arriver aux mêmes chiffres.

Côté températures, certes la première semaine de juillet s'inscrit comme la plus fraîche depuis 17 ans avec un indicateur thermique de 0,8°C en dessous de la normale, mais nous rentrons désormais dans une période nettement plus chaude, et les valeurs repassent assez nettement au-dessus des normales, même si des différences importantes existent entre le nord-ouest et le sud-est.

Les orages font encore l'actualité cette semaine, qu'est-ce qui explique une telle répétition de situations instables ?

Ces situations sont dues à la position de la France dans la zone de conflit entre l'air frais océanique sur les Îles Britanniques, et l'air très chaud en Méditerranée. Ces conditions sont favorables à la formation de fronts orageux sur notre pays et l'instabilité orageuse est renforcée par la présence d'air froid en altitude. Ces fameuses gouttes froides, que le public a appris à bien connaître cette année, sont particulièrement nombreuses depuis plusieurs mois. Elles sont en partie liées au jet stream, ces vents de haute altitude qui plongent jusqu'à nos latitudes alors qu'à cette saison, ils devraient être repoussés plus au nord par les hautes pressions. Mais celles-ci sont cette année bien plus au sud que d'habitude, ce qui explique ces changements.

Vous avez annoncé ces dernières semaines des prévisions qui peinent à se réaliser, pourquoi une si faible fiabilité ?

Il est vrai que depuis le début du printemps, la fiabilité de la prévision est mise à rude épreuve par la présence de ces gouttes froides. Comme nous l'avons vu, la situation plus au sud de ces hautes pressions favorise la plongée du jet stream au niveau de nos latitudes et permet aux gouttes froides d'être propulsées régulièrement jusque chez nous. Or ces décrochages sont en général très mal appréhendés par les modèles météorologiques au-delà de trois jours. Par exemple, si un modèle prédit du beau temps pour la semaine prochaine, mais qu'une tempête se forme soudainement, les prévisions devront être recalibrées pour prendre en compte ce nouvel état de l'atmosphère pour établir la prévision. Il est encore moins possible de de prévoir ces décrochages plusieurs semaines à l'avance, c'est pour cette raison qu'au-delà de 2-3 jours, nous parlons plus de tendance et de fiabilité.

Y a-t-il des signaux favorables pour ces prochaines semaines en faveur d'un temps chaud et ensoleillé durable ?

Bien que la fiabilité reste à affiner, il semble y avoir quelques indications en faveur d'un changement de configuration synoptique à partir du 14 juillet, comme nous l'avons évoqué dans notre tendance à 4 semaines. Les zones de haute pression atmosphérique qui nous ont évité jusqu'à présent pourraient revenir vers nos régions la semaine prochaine, et s'accompagner d'un assèchement de la masse d'air et d'un net réchauffement. Le courant jet circulera bien plus nord, sur le nord des îles britanniques, une situation beaucoup plus classique en cette saison.

Pour les vacanciers de la deuxième quinzaine de juillet, je serais donc plus optimiste, notamment pour les régions peu favorisées jusque-là, principalement sur la moitié nord. On surveille même la remontée de fortes chaleurs en fin de semaine prochaine, sur toute la moitié sud, avec un risque caniculaire, en particulier en Provence, et plus généralement autour du pourtour méditerranéen.

(*) Données Infoclimat