Tennis: le mental des athlètes mis à rude épreuve par la bulle sanitaire de l'Open d'Australie

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Pour permettre au premier tournoi majeur de tennis de la saison d'avoir lieu, l'Australie a mis en place des mesures drastiques : quatorzaine drastique obligatoire, règles adaptées et obligation de se conformer à toutes les instructions des autorités. Des consignes qui affectent le mental et la préparation des joueuses et des joueurs.

Et maintenant enfin du tennis ? L'Open d'Australie, premier tournoi du Grand chelem de la saison, doit débuter lundi 8 février. Les organisateurs ont tout mis en œuvre pour que la compétition ait lieu, au prix de conditions sanitaires drastiques qui ont mis à rude épreuve les nerfs des tennismen et tenniswomen.

L'Australie a en effet repris une vie relativement normale, à l'exception de confinements ponctuels et localisés, au point d'être l'un des rares pays au monde qui peut se permettre d'autoriser du public aux événements sportifs. Entre 25 000 et 30 000 spectateurs devraient d'ailleurs pouvoir assister aux rencontres de l'Open d'Australie

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Règles strictes et contraignantes et qualifications délocalisés

Pour rendre l'événement acceptable par les autorités locales, la Fédération australienne a édicté des règles sanitaires très strictes et très contraignantes. Les qualifications du tournoi, traditionnellement disputées la semaine précédant le tournoi à Melbourne ont ainsi eu lieu à Dubai pour les femmes et à Doha pour les hommes, du 10 au 13 janvier.

Les qualifiés ont ainsi pu prendre l'un des 18 charters spécialement affrétés entre le 15 et le 17 janvier pour que les 1 270 athlètes puissent gagner l'Australie. Ils ont ensuite été transférés dans leurs hôtels à Melbourne pour une quatorzaine obligatoire. Seule respiration pour les joueurs : une plage de cinq heures de sortie pour s'entraîner.

Le tournoi a alors connu sa première alerte : des cas positifs à bord de trois des charters ont obligé l'Open d'Australie à confiner 72 joueurs dans des conditions très stricts, sans sortie et sans entraînement. De quoi miner petit à petit le moral, contraint de se contenter d'exercices de musculation. Ou de s'entrainer contre un matelas.

"Au début, ça allait, confie Alexandre Muller, 23 ans, au Parisien. "À partir du sixième ou septième jour, ça a commencé à être dur. Les mêmes repas, les mêmes séances de physique. Mentalement, c'était compliqué."

Un confinement VIP à Adélaïde ?

L'élite du tennis mondial est quant à elle été logée à Adélaïde pour disputer un tournoi d'exhibition. Plusieurs personnes ont mis en cause l'équité du tournoi affirmant que les athlètes au sein de cette "bulle VIP" bénéficiaient de bien meilleures conditions que le reste des joueurs.

La tentative de Novak Djokovic, en tant que syndicaliste en chef – il a créé la Professional Tennis Players Association (PTPA) à l'été 2020 –, d'obtenir une amélioration des conditions de ses collègues à Melbourne n'a rien arrangé. Il a reçu un "non" ferme du premier ministre de l'État de Victoria et s'est attiré des railleries de la part de joueurs.

"Depuis Adélaïde ? Ahhahah", s'est moqué Stan Wawrinka, en commentaire d'un tweet publiant les doléances adressées par le numéro 1 mondial à la Fédération australienne (Tennis Australia, TA). Le Suisse laisse ainsi entendre que, malgré les dénégations officielles, la quarantaine serait bien plus favorable à Adélaïde où se trouve "Djoko" qu'à Melbourne.

Sur leurs réseaux sociaux, les joueurs et les joueuses se sont amusés à ironiser sur leur conditions spartiates.

"Une prison avec le Wi-Fi", a ainsi comparé Roberto Bautista avant de devoir présenter des excuses, devant le tollé provoqué..

Nouvelle alerte lors des tournois préparatoires

Alors que le bout du tunnel semblait en vue pour les joueurs avec la sortie de quatorzaine et le début des tournois préparatoires, la mécanique s'est de nouveau grippée le 3 février avec la découverte d'un cas de Covid-19 parmi le personnel du Grand Hyatt, l'un des hôtels de quarantaine à Melbourne.

De nouveau, 507 personnes – joueurs et staff – ont dû se soumettre aux tests et ont été obligées de s'isoler dans une chambre d'hôtel le temps de recevoir les résultats. Avec une issue heureuse cependant, aucun nouveau cas détecté.

Certains se sont empressés de publier leur résultat négatif sur les réseaux sociaux.

"Après un résultat négatif, il est bon d'aller à la salle de gym", commente la Française Caroline Garcia avec une photo la montrant en train de soulever une haltère.

"Négatif et de nouveau libre…", se félicite Fabio Fognini sur un selfie pris dans la rue.

Selon l'ancien numéro 1 mondial Jim Courrier, consultant pour Tennis Channel, ce nouvel épisode va encore plus entamer le mental des joueurs concernés. "Ils ont déjà dépensé beaucoup d'énergie psychique pour essayer de se mettre dans le bon état mental. Certains m'ont dit qu'il ne leur en restait pas beaucoup. Donc ça va être un test mental très dur", a-t-il souligné.

Benoît Paire, par exemple, a l'impression que le sort s'acharne sur lui, après avoir été consigné dans sa chambre pendant tout l'US Open en septembre 2020. Cette fois, dès son arrivée à Melbourne il a été mis à l'isolement strict sans autorisation de sortir pendant quatorze jours pour avoir été cas-contact dans l'avion.

"Comme par hasard un jour de plus d'isolement pour les joueurs qui étaient à l'Hyatt et à votre avis j'étais dans quel hôtel ????!!!!!!! #PASDECHATTE PS: ça devient compliqué de jouer au tennis… Je vais éviter de dire ce que je pense du Covid car je vais en énerver beaucoup", a tweeté le Français qui espère enfin pouvoir faire son métier : jouer au tennis.