“Opacité totale” autour du cas de Benjamin Brière, Français détenu en Iran depuis un an

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Benjamin Brière est détenu depuis un an en Iran. Ce touriste français, interpellé alors qu’il visitait un parc national, est accusé d’espionnage et de propagande par les autorités. Ses proches ont adressé, lundi, une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour “obtenir la libération” du ressortissant français et la fin de “l’opacité totale” sur son sort.

“Monsieur le président, je vous écris aujourd’hui pour vous demander d’employer tous les moyens diplomatiques nécessaires pour obtenir sa libération”. Voici la demande adressée par la sœur de Benjamin Brière à Emmanuel Macron, lundi 24 mai, dans une lettre ouverte, dont France 24 a pu prendre connaissance.

Ce ressortissant français, âgé de 35 ans, est détenu en Iran depuis mai 2020. Il est incarcéré dans le nord-est de la République islamique pour “propagande contre le système” et ”espionnage” – des crimes respectivement passibles, en Iran, de coups de fouet et de la peine de mort.

Pour ses proches et ses avocats, le ressortissant français n’était en Iran que pour faire du tourisme. Aujourd’hui, ils s’impatientent et dénoncent “des procédures qui ne sont pas transparentes”.

“On a eu très peu de contacts directs, quatre appels en un an et dont le dernier remonte à deux jours”, explique Blandine Brière, contactée par France 24. “Le moral de mon frère a des hauts et des bas, l’attente est très longue, c’est dur pour lui, même s’il est bien traité sur place. C’est aussi très dur pour nous : on n’a pas d’échéance, on ne sait pas pourquoi il est là-bas, en prison, depuis un an”.

Au moment de son arrestation, Benjamin Brière "visitait un parc national dans le nord-est de l’Iran”, précise sa sœur. “Ces accusations contre lui sont sans fondement : bien sûr qu’il n’est pas un agent secret, c’était juste un touriste qui se promenait là-bas”. Son avocat français, Me Philippe Valent, renchérit auprès de France 24 : “Tout cela est d’une absurdité, c’est hallucinant. Benjamin avait aménagé son van pour faire un tour du monde – son compte Instagram retrace d’ailleurs son parcours quasiment jour après jour en Iran –, donc sa couverture serait assez minable si c’était un agent français !”

Voyage en van interrompu en Iran

Les publications de Benjamin Brière sur le réseau social sont, en effet, un journal de bord de ses multiples voyages, un périple entamé en juin 2018 au départ de Paris. Avant d’arriver dans la République islamique, fin décembre 2019, le ressortissant français s’est identifié dans plusieurs pays : la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, la Suède, la Norvège, plusieurs pays des Balkans, la Turquie ou encore l’Irak.

La dernière publication sur son fil d’actualité remonte au 26 mai 2020, en Iran, où on le voit poser assis dans un hamac, face au soleil et en pleine nature. “Il était dans cette zone désertique, mais contrôlée, car il s’apprêtait à quitter bientôt l’Iran pour aller au Turkménistan“, selon son avocat Me Valent.

Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé, après la parution d’un article du Point en février dernier, que le ressortissant français était retenu en Iran et qu’il “bénéficie” à ce titre “de la protection consulaire prévue par la Convention de Vienne du 24 avril 1963” – cela permet notamment de rendre visite à la personne détenue et d’assurer un lien avec ses proches.

Cette garantie ne semble, cependant, plus satisfaisante aujourd’hui pour les proches de Benjamin Brière. “Un an après son arrestation, nous ne disposons d’aucun acte de procédure et ne distinguons aucune avancée”, écrit sa sœur dans sa lettre ouverte adressée au président de la République. “Les autorités iraniennes placent l’affaire dans un obscurantisme total. Nous sommes impuissants face à un scénario aussi irréel qu’incompréhensible.”

“On est juste une famille lambda dépassée par tout ça”

Me Valent appuie ce constat d’incompréhension : selon lui, “Benjamin et sa famille ont aujourd’hui le sentiment d’une forme d’isolement, d’une opacité totale, les seules visites consulaires ne rassurent pas qui que ce soit dans le contexte iranien actuel”. Pour l’avocat pénaliste, comme pour Blandine Brière, le ressortissant français incarcéré à la prison centrale vakilabad de Machhad est par-dessus tout “instrumentalisé dans quelque chose qui le dépasse”.

“Il est évident que ces poursuites judiciaires iraniennes ne sont pas les raisons de cette attente interminable”, écrit la sœur du ressortissant français à Emmanuel Macron. “L’enjeu est ailleurs, mon frère se retrouve être un instrument de négociations qui le dépassent. Un jeune français se retrouve au centre de conflits entre pays, ce qui lui échappe évidemment.”

Dans les cas non résolus entre Paris et Téhéran, Benjamin Brière s’ajoute à celui d’une autre ressortissante, la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah. Cette dernière a été arrêtée, en juin 2019, à Téhéran, puis condamnée, en mai 2020, à cinq ans de prison pour "collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale" et "propagande contre le système" politique. Après 16 mois de détention, elle est maintenant assignée à résidence.

Le chercheur français Roland Marchal a, quant à lui, été libéré en mars 2020 – il était emprisonné en Iran depuis juin 2019 car soupçonné d'espionnage par les autorités – après un accord trouvé entre Paris et Téhéran sur un échange de prisonniers, l'ingénieur iranien Jalal Ruhollahnejad ayant été libéré en retour.

Le cas de Benjamin Brière pourrait-il connaître le même sort ? La possibilité d'un échange a, en effet, été évoquée en mars dernier entre le ressortissant français et Fariba Adelkhah, d'un côté, et Assadollah Assadi, un diplomate iranien condamné à vingt ans de prison en Belgique, de l'autre. "Quand une arrestation devient politique, cela peut prendre du temps pour une libération, une négociation se met en place et elle sort du simple cadre qui a conduit à l'arrestation de la personne", explique Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques spécialiste de l'Iran, contacté par France 24.

Pour ce spécialiste, les cas de Benjamin Brière (un touriste), de Fariba Adelkhah et Roland Marchal (des chercheurs) sont "particuliers". "Mais ce qui est vrai, c'est qu'on est dans un climat en Iran où les forces qui contrôlent le pays ont de plus en plus une logique sécuritaire", poursuit-il. "Les relations avec l'Occident sont marquées par des rapports de force (...), et depuis la sortie des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018, les forces radicales ont pris un peu plus de pouvoir et ont justifié encore plus leur approche sécuritaire."

“On est juste une famille lambda dépassée par tout ça, qui ne veut pas que Benjamin soit un instrument de négociation entre pays”, confie Blandine Brière. Dans sa lettre ouverte, elle en appelle simplement “à l’aide” de la plus haute autorité de l’État français “afin de libérer Benjamin, aujourd’hui coupé de sa propre vie, de ceux qui l’aiment, et du reste du monde.”

"Depuis son arrestation, nous suivons avec attention la situation de notre compatriote", explique une source diplomatique du Quai d'Orsay, contactée par France 24. Elle précise qu'au titre de la protection consulaire accordée à Benjamin Brière, "des contacts réguliers sont maintenus avec lui par notre ambassade à Téhéran."