Opération des rebelles syriens dans la province d'Idleb, selon Erdogan

Stuart Williams avec Luana Sarmini-Buonaccorsi à Ankara
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Des rebelles syriens soutenus par la Turquie près du village de Hawar Killis dans la province d'Idleb en Syrie, le 6 octobre 2017

Istanbul (AFP) - Les rebelles syriens soutenus par Ankara ont lancé une nouvelle opération dans la province d'Idleb (nord-ouest), contrôlée en grande partie par des jihadistes de l'ex-branche d'Al-Qaïda en Syrie, a annoncé samedi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

"Nous prenons de nouvelles mesures pour assurer la sécurité d'Idleb. Aujourd'hui, une opération sérieuse se déroule à Idleb et elle va se poursuivre", a déclaré M. Erdogan au cours d'un discours télévisé.

Répondant ensuite aux questions des journalistes, le chef de l'Etat turc a souligné que c'était l'Armée syrienne libre qui menait l'opération, l'armée turque n'étant "pas encore" à Idleb.

Idleb figure parmi les quatre "zones de désescalade" annoncées en mai par les alliés internationaux du régime et des rebelles, afin d'instaurer des trêves dans diverses régions de Syrie.

Le 15 septembre, la Russie et l'Iran, alliés du régime, et la Turquie, soutien des rebelles, ont annoncé qu'ils allaient déployer ensemble des forces de maintien de l'ordre à Idleb, sans toutefois fixer de date.

"La Turquie va très probablement contribuer avec des forces spéciales, de la logistique, de l'artillerie, des tanks (...) et d'autres outils dont ne disposent pas les rebelles, mais la majeure partie des troupes au sol sera composée de rebelles soutenus par la Turquie", estime Aron Lund, spécialiste de la Syrie à la Century Fondation.

Idleb est en grande partie contrôlée par Tahrir al-Cham, une coalition jihadiste composée essentiellement de l'ex-branche d'Al-Qaïda dans le pays.

"Si la Turquie décide d'affronter frontalement (Tahrir al-Cham), je suis certain qu'elle fera face à une forte résistance", poursuit M. Lund, selon lequel l'objectif pour la Turquie est d'abord "de remodeler les zones frontalières et d'y placer des groupes qui lui sont favorables".

- 'Libérer Idleb' -

Des grues de l'armée turque ont commencé à enlever des parties du mur de séparation entre la Turquie et la province d'Idleb, semblant préparer une incursion, a constaté un photographe de l'AFP sur place.

L'agence progouvernementale Anadolu décrivait samedi une accumulation de commandos et de véhicules militaires turcs à la frontière syrienne.

Le chef d'Etat major turc Hulusi Akar s'est rendu sur place samedi avec les chefs des armées de Terre et de l'Air, ainsi que le patron du renseignement turc Hakan Fidan, afin d'évaluer la situation, selon un communiqué des forces armées.

La Turquie a mené entre août 2016 et mars 2017 une opération militaire dans le nord de la Syrie, baptisée "Bouclier de l'Euphrate", afin de repousser le goupe Etat islamique (EI) et les milices kurdes qu'Ankara considère comme terroristes.

Depuis la fin de cette opération, la Turquie a affirmé à plusieurs reprises être prête à lancer une nouvelle opération militaire en Syrie, répétant qu'elle "n'autorisera pas" la création d'un "corridor terroriste" à sa frontière.

Un commandant rebelle participant à l'opération a affirmé à l'AFP sous couvert d'anonymat que "tous les groupes rebelles ayant participé à l'opération "Bouclier de l'Euphrate" participent" à cette nouvelle opération.

"Il y a des milliers de combattants, et des soldats turcs participent", a-t-il ajouté, expliquant, sans dire quand l'opération devait commencer, que l'objectif "est de libérer entièrement Idleb de Tahrir al-Cham".

- Mesures -

Cette annonce du président Erdogan survient une semaine après une visite du président russe Vladimir Poutine à Ankara.

La Turquie et la Russie, qui soutiennent des camps opposés en Syrie, ont mis leurs divergences de côté ces derniers mois pour tenter de parvenir à un règlement du conflit qui a fait plus de 330.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés en six ans.

Lors de leur rencontre, MM. Poutine et Erdogan s'étaient accordés pour intensifier les efforts en vue de mettre en place la zone de désescalade à Idleb.

Expliquant la répartition des rôles avec Moscou, M. Erdogan a expliqué samedi que la Russie se chargeait des liaisons avec le régime de Bachar al-Assad, tandis que la Turquie avait "pris des mesures dans d'autres domaines".

Après un calme relatif ces derniers mois, le régime de Bachar al-Assad et son allié russe ont mené plusieurs raids aériens ces dernières semaines dans la province d'Idleb, tuant notamment des dizaines de civils, selon l'OSDH.

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