Opération majeure israélienne à Gaza-ville, les habitants appelés à l'évacuer

Un enfant palestinien blessé est transporté à l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 juillet 2024, après une frappe sur une école proche (Bashar TALEB)
Un enfant palestinien blessé est transporté à l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 juillet 2024, après une frappe sur une école proche (Bashar TALEB)

L'armée israélienne a appelé mercredi tous les habitants à évacuer la ville de Gaza, la principale du territoire palestinien assiégé, où ses soldats sont engagés dans une opération majeure contre le mouvement islamiste Hamas.

Au 10e mois de cette guerre dévastatrice et après des mois d'efforts restés vains, de nouvelles discussions sont prévues au Qatar pour tenter d'avancer vers un cessez-le-feu et une libération d'otages enlevés lors de l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre contre Israël, qui a déclenché les hostilités.

Israël a juré de détruire le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza depuis 2007, et riposté à l'attaque par une offensive militaire aérienne puis terrestre de grande envergure dans le petit territoire palestinien, assiégeant les quelque 2,4 millions d'habitants.

Devant le Parlement, le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a affirmé que l'armée avait "éliminé ou blessé 60%" des combattants du Hamas pendant les neuf mois de guerre, évoquant une "réussite" militaire.

Après avoir affirmé en janvier avoir "achevé le démantèlement de la structure militaire" du Hamas dans le nord de la bande de Gaza, principalement dans la ville éponyme, l'armée a repris le 27 juin ses opérations terrestres dans cette région, avec l'appui de l'aviation et de l'artillerie.

Elle a lancé une première opération terrestre à Choujaïya, dans l'est de Gaza-ville, avant de l'étendre à d'autres quartiers, poussant des dizaines de milliers d'habitants à fuir selon l'ONU après de premiers appels à évacuer certains secteurs.

Mercredi, elle a confirmé avoir largué des tracts à Gaza-ville appelant "toutes les personnes" à partir.

"A toutes les personnes dans la ville de Gaza, des corridors de sécurité vous permettent de vous rendre rapidement et sans inspection vers des abris à Deir el-Balah et Al-Zawiya. La ville de Gaza reste une zone de combats dangereuse", indique le tract.

- "12e fois" -

"C'est la 12e fois (qu'on est déplacés). Combien de fois faut-il encore endurer? Mille fois ? Où allons-nous finir? Je n'en peux plus!", lance Oum Nimr al-Jamal, qui a fui un quartier de Gaza avec sa famille.

Selon l'armée, "les soldats ont mené une opération contre des terroristes du Hamas et du Jihad islamique qui utilisaient le siège de l'Unrwa (l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens) à Gaza-ville comme base pour lancer des attaques", et ont "éliminé des terroristes".

La directrice de la communication de l'Unrwa, Juliette Touma, a dit qu'il était difficile de savoir si des personnes s'étaient réfugiées dans ce siège.

"Des dizaines de terroristes" ont été tués et des tunnels souterrains détruits à Choujaïya, d'après l'armée.

Le Croissant-Rouge palestinien a affirmé ne pas pouvoir atteindre les victimes à Gaza en raison de l'intensité des tirs.

Dans le sud du territoire palestinien, des chars israéliens sont entrés dans le centre-ville de Rafah, ont indiqué des témoins en faisant état de tirs intenses dans la cité cible également d'une offensive terrestre de l'armée.

- Frappe meurtrière sur une école -

Selon Philippe Lazzarini, chef de l'Unrwa, "il n'y a absolument aucun endroit sûr" dans le territoire palestinien, où plus de 80% de la population ont été déplacés et où les habitants vivent dans des conditions "désastreuses" selon l'ONU.

Mardi soir, et pour la quatrième fois en autant de jours, une frappe israélienne a touché une école abritant des déplacés à Abassan près de Khan Younès (sud), faisant 29 morts dont des enfants selon une source médicale et le Hamas. L'armée a dit viser des "terroristes" dans ces raids.

A l'hôpital Nasser où les victimes de la frappe d'Abassan ont été transférées, de nombreux blessés dont des enfants, des jeunes et des vieillards ont été transportés par leurs proches, à pied, dans des camionnettes ou des ambulances, selon des images de l'AFP.

Les écoles à Gaza "deviennent souvent un lieu de mort et de misère (...) Gaza n'est pas un endroit pour les enfants", a dit M. Lazzarini.

Paris et Berlin ont condamné les frappes sur des écoles.

- "Campagne de famine" -

Mardi, des experts indépendants de l'ONU ont accusé Israël de mener "une campagne de famine intentionnelle et ciblée contre le peuple palestinien, qui est une forme de violence génocidaire et a entraîné une famine dans toute la bande de Gaza". Israël a démenti.

Le 7 octobre, des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza dans le sud d'Israël ont lancé une attaque qui a entraîné la mort de 1.195 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles. Sur 251 personnes alors enlevées, 116 sont toujours retenues à Gaza dont 42 sont mortes, selon l'armée.

L'offensive israélienne à Gaza a fait jusqu'à présent 38.243 morts, en majorité des civils, selon le ministère de la Santé du gouvernement de Gaza, dirigé par le Hamas.

Pour tenter d'avancer vers un cessez-le-feu, des émissaires américain et israélien sont attendus mercredi à Doha selon une source proche des discussions, alors que les divergences persistent entre les belligérants.

A Jérusalem, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a insisté lors d'une rencontre avec Brett McGurk, coordinateur de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient, sur son engagement en faveur d’un accord "tant que les lignes rouges d’Israël sont respectées".

Une allusion à la volonté d'Israël de poursuivre la guerre jusqu'à la destruction du Hamas, considéré comme terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne, et d'obtenir la libération de tous les otages.

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