Opération "London Bridge" : les funérailles d'Elizabeth II ont été préparées de longue date

© Niklas Halle'n, AFP

En 2017, le quotidien britannique The Guardian avait révélé le protocole mis au point par la couronne en cas de décès de la reine Elizabeth II. Intitulé "London Bridge", celui-ci prévoit une série d’annonces et d’hommages, et détaille le déroulement des funérailles et des cérémonies qui s’étaleront sur une dizaine de jours.

La mort de la souveraine a longtemps été un tabou au Royaume-Uni – y penser relevait même du "blasphème" pour certains Britanniques. Pourtant, le protocole prévu pour les prochains jours a été préparé de longue date, pour ne rien laisser au hasard.

En 2017, The Guardian avait détaillé ce protocole dans un article. Un article que Politico avait complété en 2021, s'appuyant sur des documents censés rester secrets. Leur révélation avait provoqué l'ire de la famille royale.

Le protocole en question porte le nom d'un pont, comme dans le cas des précédentes funérailles royales. Celles du prince Philip, duc d'Édimbourg, était ainsi l'opération "Forth Bridge". Celles d'Elizabeth II portent le nom largement éventé d'"opération 'London Bridge'".

Ce qui était prévu

L'équipe médicale de la reine devait veiller sur ses derniers instants, filtrant l'accès à la chambre ainsi que les informations rendues publiques.

C'est son secrétaire privé qui devait être chargé d'annoncer la nouvelle au Premier ministre, par le biais d'une ligne sécurisée. La triste nouvelle devait ensuite être transmise aux nations du Commonwealth, dont la reine est également cheffe d'État. Les ministres et hauts fonctionnaires devaient être prévenus par e-mail.

Comme prévu, la page d'accueil du site web de la famille royale a été remplacée par une page noire avec un court communiqué confirmant le décès.

Tous les sites gouvernementaux britanniques doivent porter une bannière noire. Chaque officiel est appelé à revêtir un brassard noir dont la taille a été même fixée, minutie britannique oblige.

Les drapeaux ont été mis en berne dans les dix minutes après l'annonce de la mort. La Première ministre, Liz Truss, a pris la parole depuis Downing Street.

Le lendemain du décès : Charles proclamé roi

La mort d'un souverain signifie cependant l'accession au trône d'un autre. Au lendemain de la mort de la reine, les drapeaux doivent remonter et un "conseil d'accession" se réunir dans le palais Saint-James pour proclamer Charles roi. Une proclamation qui devrait survenir sur les coups de 11 h. À ne pas confondre avec son couronnement, qui n'interviendra que quelques mois plus tard. Un généalogiste le nommera alors officiellement, selon le nom choisi, soit Charles III.

Dans le même temps, le nouvel ordre de succession sera proclamé : le prince William deviendra premier dans l'ordre de succession et héritera du titre de prince de Galles, tandis que son fils, George, viendra occuper la deuxième position.

Une inconnue demeure sur cette journée : une annonce quant au statut de Camilla Shand, la duchesse de Cornouailles, seconde épouse de Charles. En raison de l'hostilité d'une partie de l'opinion publique britannique, le cabinet du prince de Galles avait affirmé en 2005 que Camilla ne serait nommée que "princesse consort" si son époux venait à accéder au trône. Cependant, la reine Elizabeth II avait déclaré publiquement lors de son jubilé de diamant en 2022 sa volonté qu'elle devienne "reine consort".

Quelle que soit l'annonce de Charles, le nouveau roi rencontrera la Première ministre dans l'après-midi, avant de prendre ensuite la route pour assister aux différents services commémoratifs un peu partout dans le pays, notamment à Édimbourg, Belfast et Cardiff.

J+2 : le rapatriement du corps

Différents scénarios étaient prévus en fonction du lieu de décès de la reine pour le rapatriement du corps. La souveraine s'étant éteinte à Balmoral, sa résidence en Écosse où elle passe habituellement trois mois de l'année, c'est l'opération "Unicorn" qui s'applique.

Il est ainsi prévu que le corps d'Elizabeth II soit exposé dans son plus petit palais, Holyroodhouse, à Édimbourg. Puis la dépouille sera transportée à la cathédrale Saint-Gilles pour une messe, avant d'être placée à bord du train royal.

Le train rapatriera ensuite le corps à Londres, où il rejoindra la salle du trône au palais de Buckingham. Cependant, le transport préoccupe grandement les officiels en raison de la probable présence massive de foule pour saluer le train tout au long du trajet.

Le transfert à Westminster et l'hommage public

Selon Politico, à J+5, le cercueil sera transféré depuis Buckingham vers le palais de Westminster. Cela constituera le premier défilé militaire de l'opération "London Bridge". De J+6 à J+8, le public pourra se rendre sur place pour rendre hommage à la souveraine, 23 heures sur 24. Un demi-million de personnes sont attendues et un système de créneaux horaires est prévu pour éviter aux VIP de faire la queue.

Les funérailles de la reine

Les funérailles se tiendront dix jours après la mort de la reine. Big Ben sonnera à 9 h, puis une procession guidera le cercueil du palais de Westminster à l'abbaye de Westminster et l'atteindra à 11 h.

The Guardian décrit alors un pays figé : les gares cesseront leurs annonces, les bus s'arrêteront au bord de la route. À midi, non pas une, mais deux minutes de silence seront tenues à travers le pays. La journée sera déclarée jour de deuil national, mais ne sera pas fériée pour autant.

La reine sera enterrée à la chapelle Saint-Georges de Windsor, aux côtés du prince Philip, son époux décédé en avril 2021.