Olivier Duhamel "m’a dit qu’il avait fait des choses 'affreuses'": le directeur de l'Institut Montaigne témoigne

Clarisse Martin avec AFP
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Le politiste Olivier Duhamel à Paris le 19 mai 2016 - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP
Le politiste Olivier Duhamel à Paris le 19 mai 2016 - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour viols et agressions sexuelles sur un mineur de 15 ans à l'encontre du politologue Olivier Duhamel. Ce dernier est accusé de faits d'inceste par sa belle-fille Camille Kouchner, commis sur le frère jumeau de cette dernière alors qu'il était adolescent dans les années 1980. Camille Kouchner a brisé le secret dans La Familia Grande, ouvrage paru au Seuil le 7 janvier dernier, dont la teneur avait été révélée quelques jours auparavant par Le Monde.

Dans son édition datée de ce mardi 12 janvier, le quotidien Libération consacre un dossier à l'affaire, et se penche notamment sur l'entourage et les réseaux du constitutionnaliste, élu président du Siècle en janvier 2020, ce cercle d'influence décrit par le quotidien comme "le club des faiseurs de rois" où gravite l'élite notamment politique et médiatique française.

Des faits révélés en 2008 au sein de la famille

Avec la parution de La Familia Grande, des langues se délient et plusieurs personnes - souvent sous couvert d'anonymat - reconnaissent avoir eu connaissance des accusations, révélées dans le cercle proche du politologue en 2008, selon le livre de Camille Kouchner. Mais sans qu'elles ne soient pour autant devenues publiques avant la parution de l'ouvrage de la fille d'Evelyne Pisier et de l'ancien ministre de la Santé Bernard Kouchner.

Selon Libération toutefois, malgré le fait que le secret avait été révélé, certains proches d'Olivier Duhamel assurent n'avoir découvert l'affaire que dans le sillage du livre de Camille Kouchner. C'est notamment le cas de Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne, influent think tank d'obédience libérale, qui confié au journal n'avoir que récemment eu connaissance des faits:

"Olivier (Duhamel) m'a appelé le 3 janvier dernier pour me le dire. Il n'a pas nié ni cherché à minimiser. Il m'a dit qu'il avait fait des choses 'affreuses', c'est le mot qu'il a employé", a déclaré l'essayiste dans les colonnes de Libération.

Le directeur de Sciences-Po alerté en 2019

D'autres personnalités sont toutefois pointées du doigt pour avoir eu connaissance des accusations à l'encontre du constitutionnaliste. C'est notamment le cas de Frédéric Mion, directeur de Sciences-Po où Olivier Duhamel est entré en 1974 comme maître de conférence, alerté dès 2019 par l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Face à des appels à la démission ces derniers jours, le directeur de l'établissement de la rue Saint-Guillaume a exclu de prendre une décision en ce sens.

"Démissionner signifierait qu'à titre personnel, j'admets être d'une quelconque manière complice des agissements que nous connaissons", a-t-il déclaré à Sciences-Po TV.

Frédéric Mion, directeur depuis 2013, a dans un message interne déclaré avoir à l'époque cherché "de la clarté auprès des personnes susceptibles d'en savoir plus", pour finalement conclure "en bonne foi" qu'il était "en présence d'une rumeur qui n'avait aucun fondement" et de considérer "l'affaire close".

Après la révélation des accusations d'inceste, Olivier Duhamel, qui animait une émission sur Europe 1 et était chroniqueur sur LCI, a annoncé qu'il mettait fin à l'ensemble de ses fonctions. Il a aussi démissionné de la présidence de la revue Pouvoirs, qu'il avait fondée en 1977.

Article original publié sur BFMTV.com