Olga Dobrovidova : “Simplement pour appeler la guerre par son nom, on peut être puni”

PHOTO OLGA EKATERINCHEVA

Courrier International : Pourquoi avez-vous choisi de quitter la Russie ?

Olga Dobrovidova : Dès le lendemain du début de la guerre [le 24 février], nous avons reçu un message du gouvernement indiquant que quiconque coopérait avec l’étranger commettait un acte de trahison, passible de prison. À ce moment-là, j’enseignais le journalisme dans une université à Moscou, je travaillais pour la presse russe mais aussi pour des revues internationales comme Science. J’ai dû cesser ces collaborations.

Le gouvernement a intensifié ses assauts contre les médias indépendants. Simplement pour appeler la guerre par son nom, on peut être puni. Pour ce qui est du journalisme scientifique, les options sont devenues très limitées. Il n’y a plus que des médias d’État et on ne peut parler que de la “science souveraine en Russie”. C’est de la propagande, alors qu’à mon sens si la recherche est bonne elle n’a pas besoin d’être embellie. On est en train de perdre le journalisme scientifique en langue russe et c’est très dommageable.

Ne pouvez-vous pas continuer à travailler en langue russe depuis l’étranger ?

Je ne sais pas dans quelle mesure c’est possible, mais avec la communauté des journalistes scientifiques, nous sommes en train d’y réfléchir. Si nous créons un site web, il risque d’être interdit d’accès depuis la Russie. Peut-être une newsletter…

Comment voyez-vous les prochaines semaines, les prochains mois ?

Ça fait seulement un mois que je suis en France, c’est très difficile de faire des plans à long terme. Actuellement, je travaille à nouveau pour des revues internationales en essayant de documenter les changements qui s’opèrent pour le monde de la recherche en Russie, poussés par les sanctions contre les institutions gouvernementales, l’inflation et la volonté de revenir à cette “science souveraine”, isolée du reste du monde.

Dès l’automne prochain, j’espère que je pourrai enseigner à nouveau en visio. Ce n’est pas gagné, car de nombreuses universités russes ont interdit l’enseignement à distance depuis qu’elles considèrent que la pandémie est terminée (ce qui n’est pas le cas). Mais tant que je suis autorisée à le faire, je veux continuer à parler avec mes étudiants en Russie.

[...] Lire la suite sur Courrier international

Sur le même sujet :

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles