Objectifs, points forts, points faibles... La feuille de match des législatives

Les principaux mouvements candidats aux élections législatives des 12 et 19 juin 2022: la Nupes, Ensemble, Les Républicains, Reconquête et le Rassemblement national. - PIERRE-OSCAR BRUNET / BFMTV
Les principaux mouvements candidats aux élections législatives des 12 et 19 juin 2022: la Nupes, Ensemble, Les Républicains, Reconquête et le Rassemblement national. - PIERRE-OSCAR BRUNET / BFMTV

Obtenir une majorité absolue pour Renaissance, imposer une cohabitation pour la Nupes... À quelques jours du premier tour, les ambitions diffèrent pour chacun des mouvements engagés dans la bataille des élections législatives. BFMTV.com fait un tour d'horizon, parti par parti, des objectifs de chacun, mais aussi de leurs points forts et de leurs points faibles en vue de ce scrutin très particulier.

• Renaissance

L'objectif: donner une majorité absolue à Emmanuel Macron

Pour appliquer son programme sans devoir faire de concession, le président a besoin d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale, soit 289 députés. Ce serait l'assurance d'avoir les mains libres pour faire passer des réformes qui pourraient susciter de fortes mobilisations dans la rue, comme l'allongement de l'âge de départ à la retraite.

Le point fort: la prime au vainqueur de la présidentielle

La victoire d'Emmanuel Macron, réélu avec plus de 58% des voix au second tour, est censée donner un élan au camp présidentiel pour les législatives. Depuis l'inversion du calendrier électoral en 2002, les Français ont d'ailleurs toujours accordé une majorité au gagnant sorti des urnes.

Autre atout dans la manche du locataire de l'Élysée, la prime au sortant. En 2017, La République en Marche, désormais rebaptisée Renaissance, avait remporté le scrutin, obtenant la majorité absolue (fixée à 290 sièges) avec 308 élus. Alors que la grande majorité des députés sortants ont été réinvestis, les électeurs pourraient faire le choix de voter pour des candidats déjà en place lors de la précédente mandature.

Enfin, la macronie présente cette fois-ci des candidats (Renaissance, Agir, Horizons et Modem) sous une seule étiquette: Ensemble. De quoi offrir un élan supplémentaire.

Les difficultés: un programme clivant et de mauvaises séquences

Le contexte social est à très haut risque pour le président. L'allongement de l'âge de départ à la retraite, l'une des promesses de campagne d'Emmanuel Macron, devrait arriver rapidement sur la table: Emmanuel Macron a affirmé que cette réforme entrerait en vigueur "dès l'été 2023". Autre sujet très chaud: la hausse des prix de l'alimentation et de l'énergie. Olivia Grégoire, la porte-parole du gouvernement a déjà annoncé qu'un projet de loi sur le pouvoir d'achat serait présenté en Conseil des ministres avant les législatives, avant de finalement rétropédaler.

Par ailleurs, le nouveau gouvernement n'a pas vraiment boosté l'exécutif. Après avoir promis "5 ans de renouvellement complet" lors de son meeting à Marseille, la moitié des ministres d'Élisabeth Borne, à commencer par elle-même, étaient déjà en poste ces dernières années. Seule rupture notable: la nomination de Pap Ndiaye à l'Éducation nationale, ouvertement en désaccord avec son prédécesseur Jean-Michel Blanquer sur les questions de laïcité.

La nouvelle équipe a ensuite enchaîné les mauvaises séquences. À peine nommé ministre des Solidarités, l'ex-LR Damien Abad a ainsi été mis en cause par deux femmes qui l'accusent de viol, ce qu'il nie. Un autre front s'est ensuite ouvert contre Gérald Darmanin. Après le fiasco de la finale de la ligue des Champions, le ministre de l'Intérieur a d'abord refuté toute responsabilité des forces de l'ordre. Sous pression, il a finalement reconnu des gestes "disproportionnés" devant les sénateurs.

Les difficultés de l'exécutif coïncident avec la période de réserve électorale, obligeant les ministres à fortement modérer leur expression. L'intégralité du gouvernement est tenue à cette règle, et pas seulement les 14 ministres candidats, les contraignant à une relative absence médiatique.

• La Nupes

L'objectif: faire "élire" Mélenchon à Matignon

Alors que Jean-Luc Mélenchon a échoué de peu à se qualifier pour le second tour de la présidentielle avec 21,95% des voix, le patron de la France insoumise a lancé l'offensive dès l'entre-deux-tours. Il a appelé les Français "à l'élire Premier ministre" sur BFMTV le 19 avril dernier. De quoi donner des allures nationales à un scrutin reparti entre 577 circonscriptions et pousser son électorat à se mobiliser.

Le point fort: une union inédite face à Emmanuel Macron

Fort de son score de 22% au premier tour, Jean-Luc Mélenchon est parvenu à réunir le PS, les communistes et les écologistes sous la bannière de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes). Cet accord, une grande première depuis la gauche plurielle en 1997, revêt deux avantages: présenter un visage uni pour la gauche et permettre de se qualifier au second tour dans un maximum de circonscriptions.

Cette union a également occupé l'espace médiatique pendant une dizaine de jours, permettant au patron de la France insoumise de mener une démonstration de force pendant que le gouvernement se faisait très discret, en attente du remaniement.

La méthode sembe avoir porté ses fruits. Le député des Bouches-du-Rhône est vu par 37% des Français comme celui qui incarne le mieux l'opposition au président, d'après un sondage réalisé par Elabe pour BFMTV et L'Express en partenariat avec SFR.

Le point faible: des dissidences et un électorat plus abstentionniste

L'accord entre la France insoumise et le PS n'a guère été du goût de plusieurs ténors socialistes à l'instar de François Hollande ou encore Jean-Christophe Cambadélis, en passant par Bernard Cazeneuve qui a même quitté sa famille politique. Plusieurs points du programme ont également fait débat comme la désobéissance aux traités européens, le retour de la retraite à 60 ans ou la fin des ordonnances travail.

Entre 50 et 70 socialistes se présenteraient en dissidents suivant les calculs du Journal du dimanche. Certaines candidatures sont très médiatisées à l'instar du duel entre la socialiste Lamia El Araaje, soutenue par Lionel Jospin, et Danièle Simonnet, intime de Jean-Luc Mélenchon, dans la 15e circonscription de Paris. François Hollande s'est de son côté rendu dans son ancienne circonscription de Corrèze pour apporter son soutien à Annick Taysse, qui affronte la candidate Nupes Sandrine Deveaud.

Autre problème potentiel pour l'union de la gauche: seuls 67% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle sont certains de se déplacer aux urnes au premier tour des législatives contre 75% pour les sympathisants d'Emmanuel Macron d'après un sondage réalisé par Elabe pour BFMTV et L'Express avec notre partenaire SFR.

• Rassemblement national

L'objectif: former un groupe... voire beaucoup plus

Marine Le Pen a fluctué sur la stratégie à adopter pour les législatives. Mi-mai, la candidate à la présidentielle expliquait vouloir faire élire "au moins soixante députés" avant d'évoquer simplement "un groupe à l'Assemblée" soit 15 députés. Après une campagne jugée atone par ses plus proches lieutenants, elle appelle finalement ses électeurs à faire élire "entre 100 et 150 députés".

Le point fort: une image qui a changé

Forte de son score de 42% au second tour, Marine Le Pen est convaincue d'avoir changé de stature dans l'esprit des Français après avoir mené une vaste opération de dédiabolisation, en adoucissant son discours et en changeant de stratégie de communication.

Elle est également sortie renforcée de la présidentielle en se qualifiant très largement devant Éric Zemmour qui n'a récolté que 7% des voix au premier tour. L'ancienne patronne du RN le surclasse également dans le match des opposants à Emmanuel Macron. 33% des Français estiment qu'elle incarne le mieux l'opposition au président, loin devant son ex adversaire (6%) d'après un sondage Elabe réalisé pour BFMTV et L'Express en partenariat avec SFR.

Le point faible: un mode de scrutin peu favorable et un électorat abstentionniste

Le mode de scrutin aux législatives reste très défavorable au parti de Marine Le Pen. En 2017, malgré son score de 34,2% au second tour de la présidentielle, seuls 8 députés soutenus par le RN étaient parvenus à faire leur entrée au Palais-Bourbon.

Autre difficulté pour l'élue du Pas-de-Calais: parvenir à mobiliser ses électeurs, a fortiori pour une élection qui enregistre traditionnellement une abstention déjà très élevée.

En 2021, lors du premier tour des élections régionales, 71% des électeurs du mouvement ne s'étaient pas déplacés aux urnes, soit cinq points de plus que l'abstention générale (66%), d'après un sondage Ifop. Pour ces législatives, seuls 64% des votants RN se disents d'ailleurs certains de se rendre aux urnes au premier tour, d'après une étude Elabe réalisée pour BFMTV et L'Express avec notre partenaire SFR.

• Reconquête

L'objectif: Éric Zemmour à l'Assemblée

Avec seulement 7% des voix à la présidentielle, Éric Zemmour a été contraint de revoir ses ambitions à la baisse. Après avoir beaucoup tergiversé, l'ex-chroniqueur s'est lancé dans le Var, dans l'une des rares circonscriptions gagnables pour son mouvement. Certains au sein de Reconquête misent également beaucoup sur Stanislas Rigault, le président de Génération Z, qui se présente dans le Vaucluse.

Le point fort: des militants surmotivés et un échec déjà assumé

Novice en politique à l'été dernier, Éric Zemmour est parvenu en quelques mois à construire un parti politique qui rassemblerait environ 120.000 partisans. De quoi donner des forces à Reconquête pour tenter de se rendre visible pendant cette campagne. Le mouvement se vante d'ailleurs d'être parvenu à présenter 577 candidats dans toute la France.

Mais l'ancien éditorialiste n'a pas louvoyé et a reconnu que faire rentrer des cadres du parti à l'Assemblée serait "très difficile". "Le vrai test pour nous, ce sera les européennes où c'est plus bien facile pour faire rentrer quelques élus. Un ou deux députés, c'est la cerise sur le gâteau. Personne, et surtout pas nos électeurs, ne nous attendent vraiment aux législatives", a confié un lieutenant de Reconquête à BFMTV.com.

Le point faible: l'absence de têtes d'affiche et d'accord avec le RN

Si Éric Zemmour se voyait au second tour au début de l'automne, il n'a finalement récolté que 7% des voix, loin derrière Marine Le Pen. De quoi expliquer que les visages les plus médiatiques du parti, comme Nicolas Bay, Gilbert Collard et Marion Maréchal aient tous refusé d'aller au combat. La nièce de Marine Le Pen est seulement suppléante de Stanislas Rigault. Pour faire face à ce manque criant de ressources humaines, le parti a d'ailleurs investi presque un tiers de candidats de moins de 30 ans.

Reconquête risque également de faire les frais de l'absence d'accord avec le Rassemblement national. Malgré les nombreux appels du pied, Marine Le Pen a refusé de lui tendre la main, rendant peu probable l'entrée d'élus au Palais-Bourbon.

• Les Républicains

L'objectif: limiter la casse

La droite compte actuellement une centaine de députés à l'Assemblée nationale. Si aucun objectif chiffré précis n'a été détaillé par Christian Jacob, beaucoup en interne tablent sur une soixantaine de députés le soir du second tour.

Le point fort: un bon ancrage territorial et un électorat plus mobilisé

Malgré un contexte politique très difficile, la droite garde encore quelques espoirs pour les législatives. Avec une centaine de députés dont beaucoup bien implantés dans leurs territoires, le parti devrait limiter la casse.

Les LR ont également pour eux d'avoir un électorat relativement âgé et qui se mobilise plus facilement que le reste des Français. Aux dernières régionales en 2021, 45% des électeurs de droite (LR/UDI) se sont mobilisés au second tour contre 31% par exemple pour le RN, d'après un sondage Ipsos.

75% des électeurs de Valérie Pécresse se disent d'ailleurs certains d'aller voter au premier tour le 12 juin prochain d'après une étude Elabe réalisée pour BFMTV et L'Express en partenariat avec SFR.

Le point faible: le mauvais score de Valérie Pécresse et la concurrence de LaREM et d'Horizons

La piètre performance de la candidate des LR au premier tour - Valérie Pécresse n'a récolté que 4,5% des voix - n'est pas de bon augure pour les candidats. Autre caillou dans la chaussure: la concurrence des candidats Horizons, issus du parti d'Edouard Philippe et qui pourraient séduire des électeurs de centre-droit.

Cet électorat pourrait également être tenté de glisser un bulletin dans l'urne en faveur des candidats qui représentent Emmanuel Macron. 21% des électeurs de Valérie Pécresse appellaient d'ailleurs à une alliance avec la majorité présidentielle d'après une étude Odoxa.

Article original publié sur BFMTV.com

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