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Oasis luxuriante, le plus grand jardin botanique du Chili n'est plus que cendres

Le directeur du Jardin botanique de Viña del Mar, Alejandro Peirano, sur un autre couché après avoir éét consummé par les flammes, au Chili, le 6 février 2024 (Pablo Vera)
Le directeur du Jardin botanique de Viña del Mar, Alejandro Peirano, sur un autre couché après avoir éét consummé par les flammes, au Chili, le 6 février 2024 (Pablo Vera)

Oasis luxuriante regorgeant de plantes indigènes et exotiques, le plus grand jardin botanique du Chili n'est plus que cendres et désespoir, carbonisé sur la majeure partie de ses 400 hectares par un des incendies de forêt qui ont ravagé la région.

Le jardin botanique national de Vina Del Mar a été pris dans le brasier qui a tué 131 personnes et détruit des quartiers entiers près de Valparaiso, à 120 kilomètres de Santiago. La responsable de la pépinière et des membres de sa famille font partie des victimes.

Des milliers d'arbres noircis, certains couchés au sol, les collines entourant les jardins couvertes de cendres. Autrefois considéré comme "un poumon vert", le jardin botanique de la cité balnéaire ressemble aujourd'hui "à un poumon de fumeur", se désole le directeur du parc, Alejandro Peirano.

Pensé par l'architecte français Georges Dubois en 1918, le parc abritait 1.300 espèces de plantes et d'arbres, dont des fougères indigènes et exotiques, des cyprès de montagne, des palmiers du Chili ou des cerisiers du Japon.

M. Peirano raconte la vigueur avec laquelle l'incendie, sautant d'un arbre à l'autre, a consumé le parc en une heure à peine. "En étant optimiste, je dirais que cinq hectares ont été sauvés, le reste a brûlé".

Le parc abritait également une faune sauvage de marsupiaux, renards gris, furet du Chili et de nombreux oiseaux.

- Les arbres d'Hiroshima ont survécu -

Parmi les miraculeux survivants de ce déluge de feu, le toromiro, un arbre à fleurs jaunes originaire de la lointaine île de Pâques, éteint à l'état sauvage, mais planté dans certains jardins botaniques et collections privées grâce à des graines conservées il y a plusieurs dizaines d'années.

"On a évité ce qui aurait pu être la perte la plus douloureuse", se console M. Peirano.

Les arbres du jardin de la paix, cultivés à partir de graines d'arbres ayant survécu à la bombe atomique d'Hiroshima en 1945 et partagés par le Japon dans le monde entier, ont aussi été épargnés : bien que "tannés par la chaleur, ils resteront debout", affirme le directeur du parc de 60 employés.

La plupart d'entre eux, qui vivaient sur le site, ont pu s'enfuir à l'approche des flammes. Mais Patricia Araya, responsable de la pépinière, est décédée aux côtés de sa mère et de ses deux petites-filles.

Daniela Gutierrez, 32 ans, qui supervise la collection de cactus indigènes, se remémore "sa main verte, car tout ce qu'elle plantait germait".

Le jardin botanique national de Vina Del Mar avait déjà été attaqué par des incendies majeurs en 2013, 2018 et 2022, mais pas autant dévastateurs, selon M. Peirano, qui dirige le parc depuis 10 ans.

Il dit soupçonner un acte criminel. Une enquête est en cours.

Après avoir nettoyé les arbres morts, le jardin espère rouvrir ses portes au public dans quelques semaines. Mais si un autre incendie de cette ampleur survient, "nous disparaîtrons", redoute M. Peirano.

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