Un rajeunissement de l'Assemblée nationale porté par la Nupes et le RN

© Julien de Rosa, AFP

Comme en 2017, l'Assemblée nationale fait une cure de jouvence. L'âge moyen des députés diminue légèrement, notamment grâce aux élus des oppositions Nupes et Rassemblement national. Analyse. (2/4)

La jeunesse s'installe dans l'hémicycle. Si la parité a été mise à mal avec l'élection de la nouvelle Assemblée nationale, ce n'est pas le cas du processus de rajeunissement. Cent dix-huit députés ont moins de 40 ans et l'âge moyen de cette Assemblée (48,5 ans) se rapproche davantage de celui de la population française (42,2 ans).

La nouvelle moyenne d'âge dans l'hémicycle est donc en légère baisse par rapport à celle de 2017 (48,8 ans). Lors des législatives cette année-là, les résultats avaient déjà été marqués par un fort rajeunissement, avec une baisse de près de six ans de l'âge moyen des députés par rapport à la précédente mandature en 2012 (54,6 ans). Le spectaculaire rajeunissement d'il y a cinq ans se confirme donc.

La majorité présidentielle vieillit

Malgré tout, selon les décomptes effectués par France 24, le phénomène cache de fortes disparités entre les différentes coalitions. Les oppositions à gauche et à l'extrême droite portent le rajeunissement.

L'âge moyen des élus de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) est ainsi de 45,9 ans tandis que le Rassemblement national (RN) peut se targuer d'un âge moyen de 45,6 ans pour ses troupes. Dans la majorité présidentielle, artisan du grand rajeunissement de 2017, l'âge moyen augmente (49,8 ans). Un vieillissement qui s'explique aisément par la reconduction des députés sortants. Le groupe de la droite (Les Républicains + UDI) a la plus haute moyenne d'âge (51,2 ans).

Les situations varient également au sein même des coalitions : à gauche, La France insoumise (LFI) affiche la plus jeune moyenne d'âge (41,2 ans), talonnée par Europe Écologie-Les Verts (43,2 ans). Le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste (PCF) affichent quasiment la même moyenne d'âge (respectivement 54,4 et 54,8 ans). Du côté du camp présidentiel, la force motrice est également la plus jeune (48,7 ans) tandis que les formations Horizons et MoDem sont toutes les deux quinquagénaires (respectivement 51,2 et 54,3 ans). À droite, si le parti Les Républicains (LR) affiche une moyenne d'âge élevée (50,6 ans), ses alliés de l'UDI battent tous les records : 60,2 ans de moyenne pour ses cinq élus.

Pour Bruno Cautrès, enseignant et chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), coauteur d'une analyse dans Le Monde, le rajeunissement porté par le RN tient en grande partie à sa situation interne. "Ce parti ne dispose pas d’un vivier fourni de cadres élus locaux. Bien souvent, les dirigeants du RN ont investi des militants locaux sans véritablement croire à leurs chances d’élection", écrit-il.

Mais pour Armel Le Coz, cofondateur de Démocratie ouverte, une association visant à rénover les institutions, la principale raison pour présenter de jeunes candidats n'est pas d'obtenir le vote de cette catégorie de la population. "Je pense que LFI et le RN essaient davantage de trouver des candidats capables de parler en cassant les codes institutionnels. Et pour cela, qui de mieux placés que les jeunes ?", souligne Armel Le Coz. "On peut citer l'exemple de Louis Boyard. À l'origine, c'est un influenceur qui parle à sa communauté. Ils cassent les codes pour montrer un autre possible politique."

Des Kevin remplacent des Bernard

Louis Boyard (Nupes), 21 ans, a d'ailleurs battu le record du plus jeune député siégant à l'Assemblée nationale, qui était détenu depuis 2012 par Marion Maréchal-Le Pen, élue cette année-là à l'âge de 22 ans pour le Front national. Il n'est cependant pas le plus jeune de la mandature. À quelques mois près, l'honneur revient à Tematai Le Gayic, régionaliste élu dans la première circonscription de Polynésie française avec le soutien de la Nupes. C'est la première fois que deux enfants des années 2000 siégeront au Palais Bourbon.

Autre phénomène anecdotique mais révélateur de ce renouvellement générationnel : les nouveaux prénoms qui entrent à l'Assemblée nationale. À l'image de deux députés RN nommés Kévin : Kévin Pfeffer (32 ans) et Kévin Mauvieux (30 ans) seront les premiers porteurs dans l'hémicycle de ce prénom d'origine irlandaise dont la popularité a atteint son pic en France au début des années 1990, sous l'effet des succès cinématographiques de Kevin Costner ainsi que du film "Maman, j'ai raté l'avion" et de son héros Kevin McCallister. Les Bernard (huit en 2017) sont eux en voie de disparition : aucun n'a été réélu.

"Les jeunes ne veulent pas d'une Assemblée qui leur ressemble"

Cependant, cette Assemblée nationale relève du paradoxe. Si elle n'a jamais été aussi jeune, elle est le fruit d'un scrutin que les jeunes n'auront jamais autant boudé. Selon une enquête Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et France Médias Monde, 71 % des 18-24 ans et 66 % des 25-34 ans n'ont pas voté lors du second tour des législatives. Déjà au premier tour, 69 % d'entre eux ne s'étaient pas déplacés.

Sur franceinfo, Olivier Galland, sociologue et directeur de recherche émérite au CNRS, note une préférence de la jeunesse "pour des formes d'action protestataires", comme des manifestations ou "l'affichage d'opinions sur les réseaux sociaux".

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Pour Démocratie ouverte, l'abstention n'est pas une fatalité, notamment chez les jeunes. "Nous estimons que l'accès au vote doit être davantage facilité et accompagné, notamment pour les primo-votants. Faciliter le vote par correspondance ou en ligne – d'une manière sécurisée – pourrait améliorer la participation", estime Armel Le Coz, avant d'avertir sur une potentielle dérive pour le vote en ligne. "Il y a le risque de désacraliser l'élection. Il ne faut pas voter pour un député comme on évalue un Uber ou on commande son repas sur Internet."

L'association milite pour une grande réforme démocratique qui, dans l'idéal, passerait par une réforme constitutionnelle. Celle-ci commencerait par un grand débat national, suivi d'une convention réunissant des citoyens tirés au sort puis d'une adoption par référendum.

"L'abstention est due à une impuissance ressentie du système politique. Les jeunes ne croient plus dans la capacité réelle de l'Assemblée nationale à transformer la société", affirme Armel Le Coz. "Il faut donc procéder au rééquilibrage des pouvoirs."

Le cofondateur de Démocratie ouverte note que la moyenne d'âge est le paramètre avec lequel l'Assemblée nationale s'approche le plus de la réalité de la population française. Cependant, cette représentativité n'est pas la panacée pour faire voter les plus jeunes. "Les jeunes ne veulent pas d'une Assemblée qui leur ressemble mais d'une qui a véritablement le pouvoir de changer les choses", conclut-il.

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